mercredi 29 juillet 2009

Notes de lecture : aperçu sur deux génocides du XX siècle

Le XX siècle est le siècle des génocides à répétition . En une période de cent ans, quatre génocides ont coûté la vie à des milliers de personnes innocentes sans défense pour des raisons sans fondement, répondant à des fins égotistes des Etats ou des politiciens véreux sans scrupules. On va, dans les lignes qui suivent, passer en revue deux des plus connus des massacres, des génocides qui ont ensanglanté le siècle passé. L’objectif de ce bref aperçu historique n’est pas de donner une étude exhaustive de ces génocides, mais il s’agit de brosser un tableau rapide permettant de camper un décor qui donnerait une idée plus ou moins claire de ces drames qui ont endeuillé le siècle passé.
1. La shoah ou le génocide des Juifs
En langue hébreu , le substantif Shoah désigne à la fois la catastrophe et la destruction. Ce terme est de plus en plus emploi de nos jours, de préférence à l’holocauste, pour parler de l’extermination systématique, pendant la seconde guerre mondiale en Europe de 1949 à 1945, des Juifs perpétrés par le régime nazi sous la direction d’Adolph Hitler. Durant cette période, près de 6 millions de Juifs (5 700 000 d'après l'estimation du tribunal de Nuremberg) – soit les deux tiers des Juifs d'Europe, hommes, femmes et enfants - furent assassinés pour des raisons racistes. Selon Hitler et les dirigeants nazis, la race juive était une menace pour la pureté du sang allemand, et donc pour la préservation de la race aryenne.


L’extermination des Juifs fit l’objet d’un programme politique nommé « "Endlösung" – la solution finale- appliquée systématiquement en Allemagne et dans tous les pays alliés ou occupés. Le peuple juif, comme le peuple tutsi du Rwanda entre 1959 et 1994, avait jusque là subi de nombreuses formes de persécution (exclusion, ghettos, pogrom etc.) ; le III Reich a mis en place un véritable système de répression, une entreprise d’annihilation qui avait pour seul but de faire disparaître complètement tout un peuple de la surface de la terre. Tous les moyens industriels et humains furent mis en œuvre pour atteindre cet objectif.
Dès son arrivée au pouvoir en 1933, A. Hitler met en pratique l'idéologie antisémite, qu'il a notamment exposée dans son livre intitulé Mein Kampf. En héritier de l'antisémitisme religieux, économique, et depuis la fin du XIXème siècle pseudo-scientifique, il explique que l'humanité se divise en races. Certaines, comme la race aryenne, sont supérieures et la pureté de leur sang doit être préservée ; d'autres, comme la race juive, sont inférieures et leur accroissement doit être limité.
2. Le génocide des Tutsi du Rwanda
Camper le décor dans lequel l’un des crimes les plus inhumains du XXème siècle s’est déroulé dans une indifférence sans précédent, revient à donner quelques indications socio-historiques permettant d’avoir une idée plus ou moins exhaustive de ce qui est arrivé aux Tutsi du Rwanda en 1994 entre le 6 avril le 4 juillet de la même année.
o Approche socio-historique
Le Rwanda est l’un des pays de l’Afrique des Grands Lacs. Il fut d’abord colonisé par l’Allemagne, avant de passer sous mandat belge après la Première Guerre mondiale. Ce pays des Mille Collines est composé de trois groupes sociaux :
- Les Hutu ;
- Les Tutsi ;
- Les Twa.
Les principales langues parlées du pays sont :
o Le Kinyarwanda (apparenté aux langues bantoues) ;
o Le Français ;
o Le Swahili (la langue vernaculaire d’Afrique centrale) ;
o L’Anglais.
Le Rwanda est victime d’une instrumentalisation ethnique entamée par les Belges, poursuivie par les différents pouvoirs successifs, et dont les conséquences furent les massacres répétés des Tutsi par leurs compatriotes Hutu. En effet, les tueries des Tutsi ont réellement commencé au Rwanda en 1959 ; mais personne n’y prêtait attention. Elles n’ont atteint le point culminant qu’en 1994 avec le génocide qui aura coûté la vie, en trois mois seulement, à un million de Tutsi sans défense, et quelques Hutu modérés.
En effet, le six avril 1994 à vingt heures l’avion transportant les Présidents rwandais, Juvénal Habyarimana, et burundais, Cyprien Ntavyamina est abattu à son atterrissage par deux missiles venant des collines avoisinantes. Tous les deux Présidents sont morts sur le coup. Les accusations vont bon train. Certains pointent du doigt l’Akazu, un clan extrémiste hutu proche du pouvoir du défunt président, qui n’aurait pas accepté la signature d’un traité de paix avec le FPR , formé essentiellement des rebelles tutsi basés en Ouganda voisin. En effet, il s’agissait du traité d’Arusha en Tanzanie en août 1993. Ce traité prévoyait le partage des pouvoirs militaires, politiques et civils avec les hommes de Kagamé. Ce clan aurait donc pu tuer le Président Habyarimana, et faire peser les responsabilités sur le FPR afin de régler le problème tutsi ; enfin, d’autres avançaient la thèse d’un attenta commandité par les rebelles tutsi, car étant minoritaires, ils auraient pu penser prendre le pouvoir par un coup de force en éliminant physiquement le Président de la République.
Cette dernière thèse a été démentie par Paul Kagamé. En réponse aux accusations du juge anti-terroriste français, Jean Louis Bruguière, qui soutenait la thèse de l’attentat contre l’avion présidentiel orchestré par le FPR, il (Kagamé) a répondu que des telles accusations ne sont nullement fondées . En outre, en guise de réponse aux mêmes accusations, Corneille, un défenseur de Kagamé, qui est dirigeant d’une grande société d’entreprise à Kigali, scande :
« Cela ne tient pas une seconde. Tout ceux qui ont suivi l’actualité de l’époque et qui connaissent bien la ville de Kigali savent bien qu’une telle opération était impossible à organiser sans la complicité française. La zone d’où les missiles sont partis était sous le contrôle de son armée ».
Quoiqu’il en fût, quelques minutes après le crash de l’avion de Habyarimana, la garde présidentielle et les miliciens Interahamw ont commencé à dresser des barrages dans toute la ville de Kigali pour ainsi limiter les mouvements de populations, et à tuer les Tutsi et les Hutu modérés, dont le Premier ministre de l’époque, Agathe Uwilingiyimana, et les dix casques bleus belges chargés de sa sécurité. Les Tutsi, pour sauver leur vie, se sont réfugiés dans les édifices publics : écoles, églises, etc. où ils seront systématiquement éliminés.
Le 4 juillet 2004. Le FPR prend Kigali, et met fin au drame le plus cruel du XXème siècle. Les génocidaires hutu prennent la fuite vers le Zaïre voisin avec la complicité de l’opération Turquoise de l’armée française.
Rappel chronologique
o 1898. Les Allemands colonisent le Rwanda, petit royaume composé de deux groupes socio-ethniques, les Hutu (agriculteurs, majoritaire) et les Tutsi (pasteurs, minoritaires), et dirigé par un roi (tutsi) ;
o 1916. Mandat belge. Lors de la Première Guerre mondiale, la Belgique chasse l’Allemagne, puis obtient un mandat de la Société des nations pour administrer pays. Elle classe systématiquement la population entre Hutu et Tutsi et s’appuie sur ces derniers, jugés « supérieurs » pour diriger ;
o 1959. Révolte des Hutu. Alors que l’élite tutsie réclame l’indépendance, la Belgique encourage en sous-main la « révolution sociale », présentée comme la revanche des masses hutues contre « les féodaux tutsi ». Des dizaines de milliers de Tutsi sont massacrés ou chassés vers les pays voisins (Ouganda, Burundi, Congo) ;
o 1961. Indépendance. La monarchie est renversée ; la république est proclamée. Le premier Président, Grégoire Kayibanda, légitime le règne des Hutu par le « gouvernement de la majorité ». De nouveaux massacres de Tutsi se produisent en 1963 et en 1973 ;
o 1973. Coup d’Etat. Le général Juvénal Habyarimana, un Hutu du Nord, renverse le président Grégoire Kayibanda. Les persécutions antitutsies se calment, mais la discrimination institutionnelle, à l’école et dans l’administration, reste en vigueur ;
o 1990. Guerre civile. Alors que le régime Habyarimana vient d’autoriser le multipartisme, le Front patriotique rwandais, formé d’exilés tutsi en Ouganda, envahit le nord du pays. Une intervention militaire de la France le stoppe provisoirement. Aux yeux du pouvoir, opposants hutu et politiciens tutsi sont des « traîtres » et des alliés du FPR ;
o 1993. Les accords de paix d’Arusha prévoient, sous la pression militaire du FPR aux portes de Kigali, un partage du pouvoir. Mais le camp extrémiste hutu fourbit ses armes. La Radio Mille Collines et l’hebdomadaire Kangura diffusent une propagande appelant au génocide des Tutsi ;
o 1994. Début du génocide. L’avion transportant le président Habyarimana est abattu par des tireurs non identifiés peu avant son atterrissage à Kigali. Dans la nuit et à l’aube, tous les responsables de l’opposition sont tués par des militaires. Très vite, les massacres se généralisent aux tutsi et aux opposants hutus. Le FPR passe à l’offensive deux jours plus tard. La guerre civile reprend ;
o 4 juillet 1994. Le FPR prend Kigali et met fin au génocide qui a causé la mort de 800000 personnes en cent jours. Un million de Hutu prennent la fuite vers le Zaïre, notamment via la « zone humanitaire sûre installée par l’armée française dans le sud-est du Rwanda (opération Turquoise) » ;
o 1996. Retour des réfugiés. Un demi-million de Hutu rentrent au Rwanda après l’assaut de l’Armée patriotique rwandaise contre leurs camps au Zaïre, dans lesquels le nouveau régime de Kigali voit une menace. Quelque 200000 réfugiés sont tués ou portés disparus ;
o 2000. Paul Kagamé, l’homme fort du FPR, est élu président par un Parlement à ses ordres, après la démission du Pasteur Bizimungu, un Hutu passé à l’opposition ;
o 2003. Premières élections. En août, Kagamé est réélu par les Rwandais à 95% des voix, contre 3,5 % à Faustin Twagiramungu, un Hutu modéré. Un mois après, le FPR (devenu parti politique) remporte haut la main les législatives. L’Europe et les Etats-Unis critiquent le scrutin pour « fraude ».

SOUMARE Zakaria Demba

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