mardi 8 juillet 2008

Aperçu sur la migration des toulelois

Aperçu sur la migration des toulelois


Une brève mise au point nous semble ici nécessaire, car la migration des habitants de Toulel comme d’ailleurs toutes les migrations, s’inscrit dans un plus vaste ensemble.
La migration est un phénomène social aussi ancien que l’histoire de l’humanité. L’historien Ibrahim Baba KAKE, dans son ouvrage qui s’intitule Les Noirs de la diaspora, écrit que « l’homme est un animal terriblement voyageur. Il sort de sa patrie quelles que soient les barrières qui l’entourent » pour aller dans d’autres contrées, à la rencontre de ses semblables. Dans le même ordre d’idées, André VIEUGNET dans son texte, Français et immigrés, constate que « les migrations de populations s’observent tout au long de l’histoire. Partout et toujours des groupes, des tribus, des peuples émigrent de leur pays d’origine à la recherche [d’un ailleurs meilleur.] »
Le terme de migration vient du latin « migrare » qui se traduit par « s’en aller. » D’emblée, il faudrait relever le caractère polysémique de ce substantif. Selon le domaine dans lequel nous nous situons, nous pouvons distinguer :
la migration végétale : c’est une migration de matières dans le sol sous l’action de l’eau ; la migration animale ou zoologique : c’est un déplacement périodique d’animaux entre les lieux de production et les lieux de séjour offrant des conditions de vie plus favorables que les lieux d’origine (douceur du climat, humidité, nourriture plus abondante…) ;
la migration biologique : elle concerne la mobilité d’une cellule dans un organisme humain ;
la migration humaine : elle « est un déplacement massif de populations qui quittent un pays pour s'installer dans un autre. »
Dans son dictionnaire qui s'intitule Vocabulaire juridique, Gérard CORNU définit la migration comme « le fait, pour une personne, de se déplacer d’un pays dans un autre et d’y séjourner (c’est nous qui soulignons). » Cette définition nous semble partielle, car elle ne prend en considération que les migrations internationales et ignore complètement les mouvements internes consistant en un déplacement de populations campagnardes vers les grandes villes. Gérard CORNU semble également faire un amalgame entre les deux termes de migration et d’immigration.
En effet, l’immigration est « le fait de séjourner de manière durable ou de s’installer définitivement dans un pays étranger. » Nous ne pouvons donc valablement utiliser le verbe « séjourner » que quand nous parlons d’immigration et non de la migration.
La migration, nous l’avons dit plus haut, est un phénomène de société aussi ancien que l’humanité. En Afrique précoloniale, les historiens avaient remarqué un déplacement constant de populations d’un endroit à l’autre à la recherche des contrées plus favorables à l’agriculture et au commerce. L’une des migrations anciennes précoloniales africaines les plus célèbres est sans doute celle des Soninké. En effet, la tradition orale soninké raconte qu’un jeune homme nommé Dinga (l’ancêtre mythique des Soninké, selon les griots traditionalistes) aurait traversé le Sahara d’Est en Ouest avec une petite troupe de chasseurs à la recherche d’un lieu d’habitation. Il se serait finalement fixé dans le Sud de la Mauritanie, sans doute à Aoudagost. Par la suite, son fils Diabé, muni d’un tambour royal magique, serait descendu plus au Sud, et sur les conseils respectifs d’une vieille hyène et d’un vieux vautour il se serait installé dans une localité nommée Wagadu, qui signifie « pays des troupeaux en langue »Référence soninké.
De même, les récits des chroniqueurs arabes nous rapportent l’histoire d’un grand mouvement migratoire effectué par le souverain de l’empire du Mali, Kankan Moussa (1307-1332) à la Mecque. L’événement le plus marquant du règne de cet empereur, qui devait donner naissance à la légende de l’or de Tombouctou, fut le pèlerinage qu’il effectua aux lieux saints de l’islam ( 1324 - 1325).
Les historiens arabes racontent que des milliers de personnes lui firent cortège, dont cinq cents portaient les attributs du pouvoir (objets en or), cent chameaux transportaient chacun une importante charge d’or qui fut généreusement distribué pendant le voyage. Les dépenses du souverain furent telles que les cours du miqtal (pièce d’or utilisée à l'époque comme monnaie dans l’ensemble du monde arabe) s’effondra. Kankan Moussa revient du pèlerinage accompagné de nombreux érudits et artistes musulmans, parmi lesquels le poète andalou Es-Sahedi, qui construisit la mosquée de Djuberber de Tounbouctou.
De fait, la population de Toulel, comme d’ailleurs tous les peuples ouest africains, sont des grands voyageurs. Au début du siècle dernier, les jeunes gens en quête d’une meilleure condition de vie matérielle partaient chercher fortune dans les pays de la sous région comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Gambie…Cette migration vers les pays les plus proches du pays d’émigration se faisait principalement en deux temps : en période d’hivernage, les travailleurs saisonniers ou navétanes partaient cultiver les champs d’arachides dans les bassins arachidiers au Sénégal ou en Gambie. Ils y restaient jusqu’à la fin des récoltes.
Et, durant le reste de l’année, les plus ambitieux se transformaient en jula (commerçant) et faisaient la navette entre la Côte d’Ivoire, la Centre Afrique et leur pays de départ. Mais après les deux guerres mondiales et la demande forte de la France d’une main-d’œuvre pour sa reconstruction, nous avons assisté au départ de certains ressortissants de ce village pour la métropole. Cette migration vers la France est devenue d’autant plus massive de nos jours que le village se vide de toutes ses forces vives, d’où l’abandon de certains travaux qui constituaient la principale source de survie des Toulelinko, habitants de Toulel.
Les raisons de cette migration vers l’Europe sont principalement de deux sortes : économique et psychologique. Le motif économique s’explique par le fait que les jeunes, devant une situation économique sans issue et n’ayant aucune formation pouvant leur permettre de trouver un travail sur place, décident d’aller tenter leur chance en France ou en Espagne où les conjonctures économiques semblent être plus ou moins favorables. Cette migration de la jeunesse Touleloise vers l’Occident est une véritable manne financière qui permet à bon nombre de familles de subvenir à leurs besoins quotidiens. Mais aussi elle joue un rôle on ne peut plus négligeable dans le développement du village. Car le plus grand nombre des infrastructures (écoles, maternités, dispensaires…) que nous trouvons aujourd’hui dans le village sont construites par les immigrés se trouvant en France ou en Espagne.
Le motif psychologique de cette migration de la jeunesse de Toulel vers la métropole s’explique par le fait que, dans la communauté soninké, n’a droit au respect et à la parole que celui qui migre hors du village, à l’étranger pour être précis. Cette tradition est d’autant plus encrée dans la conception des villageois qu’elle est renforcée par l’image que les immigrés en vacances au village se donnent de leur prétendue réussite sociale. Ainsi, pour les familles et les jeunes candidats au départ, tous les moyens sont bons pour aller en France ou en Espagne afin de pouvoir faire les mêmes types d’investissements que le voisin du coin. Nous devons rigoureusement combattre cette conception fausse que les jeunes ont de la migration en Europe. Nous avons la responsabilité de leur faire comprendre que la réussite sociale et professionnelle peut être possible chez nous. La France n’est plus comme nous la croyions il y a quelques années. Leur avenir doit se jouer en Afrique. Il est temps qu’ils se mettent à se former sur place et essayer de trouver leur voie chez eux que de tenter une aventure européenne dont ils maîtrisent mal les contours.
SOUMARE Zakaria Demba

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