vendredi 9 mai 2008

La misère des femmes de Toulel, sud de la Mauritanie


Les femmes du village de Toulel, à l'instar de toutes les femmes paysannes africaines traditionnelles au sud et au nord du Sahara, jouent un rôle on ne peut plus capital dans l'économie villageoise qui est principalement destinée à consommation.
De même que les hommes ces femmes, durant la période de l'hivernage, possèdent leurs propres parcelles leur permettant de cultiver le mil et l'arachide. Après cette période, qui dure deux ou trois mois, elles s'adonnent, avec les moyens du bord, à la culture maraîchère afin de subvenir à leurs besoins ménagers les plus immédiats.
Cependant, cette culture demande un effort et des moyens considérables. Or, nos mères n'ont d'autres moyens de travail que la force de leurs bras et l'eau de Maeli (cours d'eau au large de Toulel). Cette année, lors de notre séjour au village de Toulel, nous avons été témoin de leur misère et de leurs souffrances. Nous avons nous- même assisté en direct au combat quotidien qu'elles mènent pour arroser leurs parcelles.
Le cours d'eau qui est à leur disposition étant tari, elles étaient comme obligées d'assister impuissantes à la destruction inévitable de plusieurs mois d'efforts et de courage soutenus. Aujourd'hui, il est vrai, le village de Toulel est capable d'équiper ses femmes des moyens modernes de jardinage pouvant permettre de leur éviter la misère matérielle qu'elles vivent chaque année.
Mais, au lieu d'investir dans ce domaine, les villageois, les hommes en particulier, préfèrent dépenser des sommes colossales d'argent dans les cérémonies occasionnelles (mariage, deuil, baptême...). Pour qui connait la société soninké en général et touleloise en particulier, il serait aujourd'hui un truisme que de dire les Soninké aiment le gaspillage.
Dans nos mariages, nos deuils et nos baptêmes, la démonstration orgueilleuse que les gens font en distribuant de l'argent sans calcul, en tuant un nombre considérable de bétails est un exemple on ne peut plus parlant pouvant bien illustrer les propos que nous avançons ici. Une telle pratique doit être rigoureusement condamnée. Tous ces gaspillages que nous faisons durant nos cérémonies peuvent sans doute bien être évités.
L'argent que nous dépensons sans aucune mesure peut incontestablement servir à autre chose. Il peut particulièrement servir aux femmes qui, de fait, en ont besoin pour développer une culture maraîchère moderne de très bonne qualité. Il est temps, vraiment, que nous fassions notre autocritique, un examen de conscience.
Nous devons regarder en face notre mode de vie. Un peuple ne peut jamais aller de l'avant s'il n'accepte pas de s'investir dans la vie active de la population. Or dans le village de Toul aucune initiative digne de ce nom n'est prise pour concrètement aider les femmes dans leur noble volonté d'autosuffisance alimentaire.

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Soumaré Zakaria Demba

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