jeudi 27 mars 2008

Le sens de notre foi

En islam, la place que la foi occupe dans les actes cultuels et les les relations sociales est d’autant plus importante que durant toute la première partie de la mission prophétique de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à la Mecque y était essentiellement consacrée. Cette foi, qui est de fait la base de la croyance en islam, se traduit, syntaxiquement, par l’expression : il n’y a de dieu digne d’être adoré qu’Allah seul. Ce terme, du point de vue sémantique, traduit une négation et une affirmation. La négation : il n’y a pas de dieu ; l’affirmation : si ce n’est Allah. Cette attestation de la foi islamique traduit l'idéal vers lequel tout musulman doit, sa vie durant, tendre. Dans son ouvrage qui s’intitule Aspects du monothéisme musulman, le penseur musulman Hani Ramadan constate, en effet, que : « l'idéal le plus haut, que ni le temps, ni la vieillesse, ni même notre mort ne parviendront à user ou à détruire. Celui pour lequel nous avons été crées, et celui vers lequel nous devons tendre corps et âme : lâ ilâha illa lah. 1» Ce terme, donc, une foi prononcé avec conviction et certitude recommande au fidèle la condamnation sans appel de toute forme de shirk (association) à la divinité d’Allah. Rien, de fait, dans les sept cieux, sur la terre ( sous la terre), dans les eaux ne mérite un acte de dévotion. Dans le Coran, Texte de législation, de référence par excellence des Musulmans, nous relevons : « Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe de fausses divinités. Il pardonne tout autre péché à qui Il veut. Associer de fausses divinités à Allah, c’est s’égarer complètement. »(Coran, 4 :116). Le professeur Hani Ramadan, commentant ce verset, affirme : « cette forme de polythéisme qu’Allah ne pardonne pas est de quatre sortes :


  • Le fait d’invoquer une fausse divinité ou un « saint ». Le Coran en parle en ce terme : « Quand ils [les polythéistes de la Mecque] prennent un bateau, ils invoquent Allah sans rien Lui associer dans leur adoration et dans leurs prières. Une fois qu’Il les a sauvés en les ramenant sur la terre ferme, voilà qu’ils redeviennent idolâtres » (Coran, 29 :65) ;

  • Le shirk au niveau de l’intention et de la volonté. Dans ce cas de shirk, l’homme agit uniquement en vue des biens de ce monde ;

  • Le shirk au niveau de l’obéissance. Il consiste à se soumettre à des ordres qui sont contraires à la loi divine. En matière de droit, comme au niveau de l’enseignement religieux et du culte, seule est reconnue l’autorité d’Allah et de Son prophète (SAW), comme le confirme le Coran : « Et obéissez à Allah et à Son prophète… » (Coran, 3 :132).

La foi islamique rejette catégoriquement toutes ces formes d’associationnisme. Le sens de notre foi, c’est :

  • soumettre notre âme et notre corps à la seule volonté d’Allah ;

  • lutter contre nos passions qui, il est vrai, sont la cause de toutes nos déviations du droit chemin. Dans la mesure où c’est sous le feu ardent de celles –ci que l’homme est porté par l’amour des biens de ce monde, se détourne de sa vocation essentielle qui est l’adoration exclusive de son Créateur, tombe nécessairement dans de faux cultes (l’idolâtrie). Or qui n’adore pas Allah, adore inévitablement un idole. Et cette idole pourrait être sa propre passion. Le Corans, d’ailleurs, appelle la passion de l’homme « dieu » (al-awâ) qui vient prendre la place réservée à Allah dans le cœur de l’être humain : « Ne vois-tu pas celui qui a pris pour dieu sa passion » (Coran, 52 : 43).

Le sens de notre foi, en d’autres termes, c’est :

  • lutter contre toutes formes d’orgueil, d'ostentation comme, hélas, nous le constatons aujourd'hui dans les sociétés musulmanes en général et soninké en particulier. Aujourd’hui, de fait, un coup d’œil, si rapide soit-il, sur nos sociétés suffit pour se convaincre que désormais nous ne faisons plus rien en vue d’Allah Seul. Les dons que nous faisons lors de nos mariages et nos baptêmes, les gestes que nous accomplissons lors de nos deuils montrent que de plus en plus nous nous éloignons de la vraie nature de la foi islamique. L'ostentation, de fait, est une forme de shirk qui est placée dans le cadre de shirk al-açaghar, littéralement : le polythéisme mineur ou le moindre polythéisme. Dans un hadith authentique, le prophète (SAW) déclare : « ce que je crains le plus en ce qui vous concerne, c’est le moindre polythéisme. » On l’interrogea à ce sujet « c’est, répondit-il, l'ostentation 2» ;

  • lutter contre la pauvreté. Nous ne pouvons pas prétendre vivre dignement notre foi dans un monde où une plus grande partie de la population crève de faim et de soif, quand l'autre partie baigne dans le gaspillage et la corruption ;

  • lutter contre l’analphabétisme et l'illettrisme.

Le sens de notre foi, c’est aussi nous engager, sans réserve, dans la vie sociale, politique et économique, quelles que soient nos tendances, pour plus de justice, de démocratie, de liberté (publique et privée). Aujourd’hui, pour l’intérêt de notre foi, nous devons constamment être vigilants et prêts à nous opposer à toutes les formes de drames et de misères qui accablent le quotidien des Musulmans. Enfin, notre foi exige de nous l’ouverture d’esprit, le dialogue avec ceux qui ne partagent pas les mêmes convictions que nous. Nous devons aujourd’hui être capables de porter un jugement rationnel sur le monde qui nous entoure, en partant d’une analyse pertinente des nouvelles locales, nationales et internationales.


SOUMARE Zakaria Demba

soumarezakariademba.blogspot.com

1 Hani Ramadan, Aspects du monothéisme musulman, Lyon, Tawhid, 1998, 106.

2 Source : Rapporté par Ahmad Ibn Hanbal, At-Tabarâni

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