dimanche 30 septembre 2007

Pour une participation active des femmes mauritaniennes dans la vie sociopolitique


Dans les traditions africaines en général et mauritaniennes en particulier, la femme a toujours été considérée comme un être inférieur devant toujours obéir à l’autorité de l’homme. Dans les grandes décisions familiales, tribales et communautaires, elle n’a jamais son mot à dire : elle devrait toujours se contenter de ce que les hommes décident. Jusqu'à ce jour, nous ne constatons aucune amélioration positive dans la participation des femmes dans vie publique de la société mauritanienne. Or aucune société ne pourra valablement progresser si elle n’accorde pas à ses femmes une place on ne peut plus importante dans les affaires sociales et politiques. Aujourd’hui, en Mauritanie, nous sommes en train de traverser une situation politique, sociale et économique qui exige la participation inconditionnelle de toutes les citoyennes et de tous les citoyens dans le combat social et politique pour plus de justice sociale et de démocratique. Les femmes, au même titre sans doute que les hommes, doivent, selon leur capacité, apporter leur pierre l’édifice de la Mauritanie naissante. Et pour que ces femmes mauritaniennes puissent réellement jouer leur rôle dans l’émergence de cette Mauritanie nouvelle que nous voulons mettre en place, elles doivent, incontestablement, bénéficier d’une attention particulière. Pour cela, de fait, un certain nombre des mesures doivent être pris. Ces mesures doivent, dans un premier temps, concerner la lutte contre le faible taux de scolarisation des jeunes filles. Chaque, dans ce pays, le nombre des filles inscrites à l’école est, de très loin, inférieur à celui de leurs frères. Cela doit être rigoureusement combattu. Les filles, comme les garçons, doivent avoir droit à l’éducation et la formation professionnelle pouvant leur permettre d’être utiles à leur nation. Si, dès le départ, nous négligeons d’envoyer nos filles à l’école, il va sans dire que la Mauritanie de demain sera faite sans leur contribution. La scolarisation massive des jeunes filles doit donc être une nécessité de première heure qui ne doit souffrir d’aucune négligence de la part de notre Etat et des parents. Car, dans tous les cas, l’Etat et les parents ont des responsabilités respectives à jouer dans la lutte contre l’analphabétisme des filles. Et, dans un second temps, une fois que les filles sont envoyées à l’école, elles doivent être suivies, encouragées et aidées afin de leur permettre d’avoir, au terme de leur cursus, des diplômes leur permettant d’entrer dans le monde professionnel. Car il est aujourd’hui regrettable de voir la plupart des filles quitter l’école sans aucun diplôme à cause des considérations ou coutumes sociales, comme le mariage, parfois précoce, et les travaux ménagers. Si nous voulons vraiment réussir notre intégration dans le monde « moderne », nous devons revoir ces méthodes. Nous ne sommes pas, par contre, opposé au mariage des filles poursuivant des études universitaires ou autres. Mais ce que nous voulons, c’est ce que le mari dont l’épouse « fait des études » essaie de s’adapter à cette réalité et, ensemble, les deux époux doivent discuter des modalités d’organisation pouvant permettre à la femme de continuer ses études sans déranger le train de vie familial ou conjugal. Mais, également, la société doit jouer un rôle capital dans cette négociation. Car tout, dans cette « affaire », est question de mentalité. Il faut que les gens apprennent à s’adapter à cette réalité. L’image que l’on a de la femme dans la société mauritanienne doit être changée ou corrigée si nous voulons aller de l’avant. Et notre avancée ne saura se faire si nos femmes ne participent pas au combat social et politique. Et leur participation à ce combat sera fonction de leur scolarisation et de leur formation.
SOUMARE Zakaria Demba

vendredi 28 septembre 2007

Brève réflexion sur la violence sexuelle dans la tragédie rwandaise de 1994

Dans une folie généralisée comme celle du pays des mille collines de 1994, toutes les portes du mal sont ouvertes, dans une sorte d’impunité sans limite. Les forces du mal et du diable se libèrent et s’unissent, dédouanant ainsi les criminels sans scrupules et avides de sang humain et de terreur de toute poursuite judiciaire ou pénale. Pendant les trois mois (avril, mai et juin) fatidiques du génocide du Rwanda, des femmes et des filles de tous âges confondus furent particulièrement victimes des violences sexuelles inhumaines, indescriptibles, indicibles et intraduisibles par les mots, malgré le projet d’écrire intitulé : Rwanda, écrire par devoir de mémoire dont l’objectif principal était d’inviter une dizaine de romanciers africains à aller sur place afin de mesurer de très près l’ampleur des atrocités et des massacres dans une indifférence totale et complice de la communauté internationale, quatre ans après les faits. Une dizaine des textes exposant les réalités de ce drame sans visage a vu le jour au retour du voyage. De fait, il suffit de faire un rapide parcourt de ces textes pour se rendre compte de toute l’ampleur de la violence physique et sexuelle faite à ces milliers des femmes et des filles tutsi sans aucune défense. Ces mères de famille et ces filles à la fleur de l’âge furent sauvagement violées par des interahamwe (tueurs hutu) parfois séropositifs. Cette violence sexuelle était tellement bien organisée que les survivantes resteront toujours marquées leur vie durant, surtout que certains violeurs, qui se savaient par ailleurs atteints du sida, avaient pour but de contaminer leurs victimes. Les scènes de viol décrites par les textes du projet ci-dessus sont, à la limite, insupportables à lire comme en témoigne cet extrait tiré de Murambi, le livre des ossements du romancier sénégalais Boubacar Boris Diop : " une jeune femme, parfois juste une frêle gamine, est étendue contre un mur, jambes écartées, totalement inconsciente […] Quand ils [les interahamwe] ont fini [de la violer], ils […] versent de l’acide dans le vagin ou […] enfoncent dedans des tessons de bouteilles ou des morceaux de fer. " (Murambi, p 124). Ces genres de scène de violence sexuelle sont récurrentes dans presque tous les textes publiés sur ce génocide aux caractères insoutenables et inhumaines.
SOUMARE Zakaria Demba

mardi 25 septembre 2007

Les ratés de la rentrée


Dans moins d'un mois, les élèves de la Républiques mauritanienne reprendront le chemin de l'école comme la plupart de ceux de la sous-région. Après trois ou quatre mois des vacances scolaires, les voilà qui se retrouvent pour partager, durant les neuf mois de l'année scolaire, les mêmes joies, les mêmes angoisses et les mêmes déceptions. Dans moins de deux ou trois semaines, de fait, ils se retrouveront devant la même situation de manque de conditions matérielles qui, il est vrai, les empêche de travailler convénablement. Durant les neuf mois que dureront l'année scolaire, nos pauvres élèves se verront comme obligés de se contenter, impuissants, de leur triste sort.
De fait, un état des lieux, si rapide soit-il, sur la situation générale des écoles mauritaniennes en générale et celles du sud du pays en particulier suffit aujourd'hui pour nous rendre aisément compte combien les conditions dans lesquelles évoluent nos élèves est de nature à susciter de très vives inquiétudes devant interpeller les autorités publiques et les organisations non gouvernementales de bonne volonté.
Dans certains villages, en effet, rares sont les salles de classes dont le nombre d'élèves ne dépasse pas la centaine. Face à une telle situation de désolation généralisée où plus de cent élèves se retrouvent dans une salle de classe, les enseignants ne savent plus à quel saint se vouer pour mener à bien leur classe. A cela, de fait, il faudrait ajouter le manque on ne peut plus inquiétant d'équipements (matériels pédagogiques, tables, chaises, entre autres).
Certains de nos villages, ne supportant plus une telle démission de nos autorités en matière d'investismment pour la construction des infrastructures, sont obligés eux-mêmes de prendre en charge la construction de leurs écoles et de leur équipement matériel, grâce aux fonds envoyés par leurs ressortissants se trouvant en Europe. Il est, de fait, de la responsabilité de notre Etat en général et du Ministère de l'Education nationale en particulier de refuser cela. Il n'est pas, en d'autres termes, de la responsabilité des populations locales de s'occuper de la construction des écoles, encore moins de leur équipement. Si la Mauritanie veut réellement entrer dans le monde "moderne", elle doit au préalable accorder une attention particulière au bon fonctionnement de son système éducatif. Et le bon fonctionnement de ce système éducatif suppose que toutes les conditions matérielles soient d'abord mises en place afin de permettre à nos élèves d'évoluer dans le domaine des connaissances d'une manière positive.
Si les élèves ne disposent pas de salles de classes suffisantes, bien équipées et modernes, s'ils ne sont pas bien équipés en matériels scolaires suffisants (livres et autres fournitures scolaires) pour leur développement intellectuel, si les enseignants ne sont pas aidés dans leur travail, si l'Etat refuse de faire face à ses responsabilités, il va sans dire que l'avenir de nos élèves est plus que jamais menacé. Pour éviter cela, un programme cohérent de développement infrastructurel (construction et équipement des nos écoles, des bibliothèques) doit vraiment être défini sans délai.

SOUMARE Zakaria Demba

jeudi 20 septembre 2007

Plaidoyer pour la création d’un 3eme cycle à l’université de Nouakchott

La République mauritanienne est l’un des pays de la sous région ne disposant pas de troisième cycle. Le Sénégal, le Mali, pour ne citer que ceux deux pays –là, qui ne sont pourtant pas plus riches, du point de vue économique, que notre pays disposent déjà d’un troisième cycle. Un étudiant de l’université de Nouakchott, après sa maîtrise, n’a le choix qu’entre trois possibilités : soit il sort major de sa promotion, et il se voit attribué par le gouvernement une bourse de troisième cycle dans l’une des trois universités de la sous régions au choix, soit il cherche une inscription dans une université occidentale par ses propres moyens, soit, tout simplement, il décide de mettre fin à son cursus universitaire pour entrer dans le monde du travail, si toutefois la chance lui sourit. Une telle situation, hélas, n’est pas digne d’un pays comme le nôtre. Cela est dû au manque de volonté politique qui a fait que, depuis la création de l’université de Nouakchott dans la décennie 1980, notre pays n’a pas un troisième. Nous reconnaissons cependant que la mise en place d’un troisième cycle nécessite qu’un certains nombre de détails soient réglés au préalable. De fait, la situation actuelle de notre université exige qu’un certains nombre de réformes soient entreprises permettant d’abord aux étudiants de poursuivre les deux premiers cycles précédant le troisième dans une très bonne condition. Si ces réformes ne sont pas entreprises, il sera inutile d’envisager la création d’un troisième. Pour cela, une politique de modernisation des différentes facultés doit être mise en place. Chacune des facultés disposant notre université doit avoir une bibliothèque digne de ce nom qui viendra renforcer la bibliothèque centrale, qui doit elle-même être modernisée. Car il est inconcevable que des étudiants s’inscrivant au troisième, et qui seront appelés par la même occasion à faire des recherches doctorales, n’aient pas à leur disposition des ouvrages leur permettant de travailler convenablement. Il est donc de la responsabilité de « la Présidence de l’université de Nouakchott », en collaboration avec la Direction de l’enseignement supérieur ou du gouvernement, de définir un programme cohérent qui va permettre la résolution de ces détails. C’est seulement quand ces détails de premier ordre seront réglés que d’autres peuvent être envisagés qui concerneront le recrutement de professeurs compétents qui s’intéressent vraiment à la recherche. Je ne remets cependant pas en question la compétence de certains de mes professeurs. Il y a aujourd’hui à l’université de Nouakchott des enseignants capables de diriger des thèses de doctorat. Ces enseignants doivent être soutenus. Car la création d’un troisième cycle suppose que l’on ait un nombre suffisant d’encadreurs susceptibles de diriger des travaux de recherche de qualité. Tous ces détails sont réglables si seulement la « Présidence de l’université de Nouakchott » et l’Etat acceptent d’inscrire dans leur programme la création de ce troisième cycle dont nos étudiants ont tant besoin pour la modernisation du « système universitaire » de notre pays. Ce troisième cycle, en d’autres termes, permettrait aux étudiants qui n’auraient pas la possibilité d’aller faire des études universitaires avancées hors de nos frontières de trouver sur place une solution à leurs attentes.
SOUMARE Zakaria Demba

mercredi 19 septembre 2007

La pauvreté n'est pas une fatalité !

La Mauritanie, à l’instar de la plupart des pays du « tiers monde », est un pays classé parmi les pays les plus pauvres et les endettés. Un coup d’œil sur les couches sociales vulnérables suffit pour nous rendre compte, aisément, combien la situation empire de jour en jour. Les populations, d’année en année, sombrent dans la paupérisation presque totale. Les besoins les plus urgents de la vie quotidienne, sans lesquels aucun espoir n’est envisageable, ne sont presque jamais satisfaits.
Les pères de famille, dont le revenu mensuel très insuffisant ne permet pas de répondre de leur responsabilité, croulent sous le poids de l’endettement. Leurs enfants, par la même occasion, ont l’impression que le destin s’acharne sur eux. Tellement leur avenir semble scellé. Cependant, ce qu’il faudrait relever dans ce contexte social de pauvreté généralisée, c’est que, de fait, cette pauvreté n’est pas une fatalité.
La pauvreté, depuis le début de l’humanité, participe de l’ordre normal et anormal des choses. Nous ne pouvons pas valablement imaginer un monde sans pauvres. Cela n’a jamais existé, et cela n’existera jamais, sans doute. La division binaire de notre monde en pauvres et en riches a toujours existé, et existera toujours jusqu’à la fin des temps.
Mais la fatalité, dans cette conjoncture sociale difficile pour les milliers des Mauritaniennes et Mauritaniens, c’est que nous refusons, sciemment ou inconsciemment, de nous attaquer aux racines de cette pauvreté qui gangrène notre nation. Dans chaque difficulté il y une ou plusieurs solutions. Mais si nous ne prenons pas le temps d’aborder frontalement les problèmes auxquels nous sommes confrontés, il va sans dire que nous ne parviendrons jamais à endiguer la pauvreté de nos concitoyens.
Aborder le problème de la pauvreté en Mauritanie, c’est s’attaquer à nos fonctionnaires corrompus. C’est, d’une manière déterminante, poursuivre et juger tous ceux qui sont, de près ou de loin, impliqués dans des opérations de malversation des biens publics de l’Etat. C’est la seule façon nous permettant de faire disparaître la souffrance des Mauritaniens qui vivent avec moins d’un euro par jour.
La fatalité, c’est le fait qu’un tiers de la population de notre pays se partage les richesses et les biens publics de l’Etat tandis que les deux ou trois tiers restant survivent au quotidien. Etre pauvre n’est ni un défaut, ni une infraction, ni, encore moins, une fatalité. La fatalité, c’est le fait de ne rien faire pour consoler les pauvres. La fatalité, c’est augmenter, chaque jour davantage, une charge aux charges des besogneux.


SOUMARE Zakaria Demba


mardi 18 septembre 2007

La Mauritanie de demain

L'année 1960 fut dans la presque totalité du continent africain une année d'enthousiame accompagnant la fin de plusieurs siècles de domination et d'exploitation économique des peuples colonisés d’Afrique au sud et au nord du Sahara. Les Africains, par la même occasion, venaient de découvrir la liberté dont ils n'avaient pas droit. Cependant, très vite, dans les décennies qui suivirent l'euphorie des indépendances les populations furent déchues par les dictateurs sans scrupules qui ont remplacé les colonisateurs blancs. Le peuple mauritanien, en effet, n'avait pas fait exception à la règle. Quelques années après la proclamation solennelle de notre indépendance par le "père de la nation", Moctar Ould Dadah, le pays s'était retrouvé, durant plus de deux décennies, aux mains des dirigeants qui se préoccupaient très peu (ou pas du tout) de l'intérêt général de la nation. Cette situation ne pouvant pas s'éterniser, les militaires ont décidé d'intervenir pour instaurer un régime "démocratique" permettant aux civiles de prendre en main leur destin. De fait, depuis l'arrivée au pouvoir de Monsieur Sidioca les choses semblent bouger du bon côté. Ce qui n'était pas possible hier commence à l'être aujourd'hui. Les Mauritaniennes et les Mauritaniens découvrent par la même occasion ce que vraiment être libre. Personne aujourd'hui, dans ce pays, ne s'inquiète des conséquences de ce qu' elle pourrait dire dans les médias nationaux ou internationaux. Des sujets qui étaient tabous hier ne le sont plus aujourd'hui : tout se discute au grand jour. Tout cela est un bon signe prouvant que la "construction" d'une Mauritanie nouvelle et démocratique est possible, après plusieurs années de désolation et d'injustices sociales. Les citoyennes et les citoyens de notre pays doivent désormais être résolus d'en finir avec le passé douloureux jalonné de dictature et détouffement de la pensée, et tourner leur regard vers le futur afin d’envisager la naissance de la Mauritanie de demain qui serait composée des citoyens conscients de leurs responsabilités envers eux-mêmes et envers la nation. Il nous est plus permis de nous attarder sur les erreurs de ce passé si nous voulons réellement voir émerger la Mauritanie que nous voulons pour nos enfants. Nous devons apprendre à nous tourner vers l'avenir comme l'ont fait certains peuples dans l'Histoite. En France, par exemple, du Moyen Age au VXIII siècle, le peuple était constamment placé sous l'autorité injuste de l'Eglise et des rois prétendant être les représentants de Dieu sur terre. Cependant, en 1789, les citoyens qui en avaient marrent ont décidé de changer le cours des choses : c'est la Révolution française. Le peuple arracha le pouvoir des mains de ses oppresseurs, et la vie a continué son chemin. Plus près de nous, en Afrique du Sud une partie de la population a souffert pendant plusieurs décennies de l'apartheid. Après plusieurs années de combat et de résistance, la justice a retrouvé ses droits et la vie a repris son cours. Notre pays pourra faire autant. Nous ne devons jamais raté l'occasion qui nous est offerte par l'instauration d'un régime civile après toutes ces années de privation aux droits fondamentaux de l'homme. Nous devons tous, hommes et femmes de toutes tendances confondues, nous unir afin que qu'une Mauriatnie nouvelle et démocratique puise voir le jour.

SOUMARE Zakaria Demba
















dimanche 16 septembre 2007

La pratique de l’islam en milieu soninké

La communauté soninké, comme la plupart des communautés ouest africaines au sud et au nord du Sahara, a connu l’islamisation par les biais des Almoravides qui, quelques décennies après la mort du prophète Muhammad (SAW), ont sillonné presque toute l’Afrique et une grande partie du monde pour propager le message de l’islam.

Avant l’avènement de la religion islamique en milieu soninké, les Soninké étaient de très grands adorateurs d’idoles. L’histoire de l’empire du Ghana, avec sa tradition mythique de Wagadu-bida (le serpent), est une illustration plus ou moins parfaite de l’attachement des Soninké aux histoires surnaturelles qui sont contraires au monothéisme.

Après l’éclatement de ce grand empire soninké au XII ou XIII siècle, les Soninké se sont dispersés à travers différents pays ou royaumes de la sous région. Cet éclatement de l’empire soninké de Wagadu a été interprété différemment. Pour la tradition, c’est la mort du serpent-bida, qui était alors considéré comme le protecteur de la communauté soninké, qui est la cause principale de la chute de l’empire, tandis que pour les historiens c’est à cause des attaques répétitives des Almoravides et de Sundjata Keita, empereur du Mali, qui auraient inévitablement provoqué la perte des Soninké.



Dans tous les cas de figure, nos Soninké étaient obligés de quitter leur empire, et en partant ils ont emporté avec eux d’anciennes traditions qui, même après l’implantation de l’islam en milieu soninké, continuent de rythmer le quotidien de la population. Dans cette réflexion, nous allons sommairement tenter de rappeler les principes fondamentaux du monothéisme islamique tout en montrant, d’une manière non exhaustive, la manière dont les fidèles soninké de l’islam s’en éloignent pour des raisons que nous allons brièvement évoquer ici.

Le but de la mission des messagers d’Allah depuis le père de l’humanité, Adam (paix sur lui) jusqu’au dernier des prophètes, Muhammad (SAW), était d’appeler les hommes à l’adoration du Seigneur de l’Univers, sans rien lui associer. L’absence de toute forme d’associationnisme dans les pratiques religieuses ou cultuelles est appelée le monothéisme.

Du point de vue sémantique, ce terme est composé de deux éléments d’origine grecque : mono = seul ; et theos = Dieu. Les religions révélées (l’islam, le christianisme, le judaïsme) sont fondées sur le monothéisme ; cependant que les chrétiens ont dévié du droit chemin en considérant Jésus, fils de Marie, comme le « fils unique d’Allah » (pureté à lui). Syntaxiquement, le terme de monothéisme est traduit en islam en ces termes : « il n’ y a point de divinité digne d’être adorer si ce n’est Allah ». Cette expression est en effet composée de deux parties lourdement significatives :
  • point de divinité digne d’être adoré ;
  • si ce n’est Allah.
Les savants musulmans, dans leurs différentes interprétations, ont affirmé que la première partie de cette attestation de la foi musulmane veut dire : rien ne mérite d’être adoré ni dans les cieux, ni sur la terre, ni dans les eaux ou sous la terre. Aucune créature (Homme ou djinn) n’a le droit de vouer un culte à autre chose que ce soit le soleil, la lune, les éléments de la nature, comme Allah le rappelle dans Son Livre : « Parmi Ses signes, il y a la nuit et le jour, et le soleil et la lune. Ne vous prosternez ni devant le soleil ni devant la lune. Prosternez –vous devant Allah qui les crées, si vraiment Lui que vous adorez. » (41 : 37).
Tandis que la première tranche de l’attestation de la foi des musulmans constitue une négation sans concession de toute autre divinité en dehors d’Allah, la seconde, elle, est une affirmation rétablissant la stricte vérité du monothéisme. Elle signifie qu’Allah seul mérite d’être craint et adoré. Dès lors, le monothéisme est une condamnation sans appel de la déviance du droit chemin. Allah a créé les hommes et les djinns pour un seul objectif : Son adoration.

Dans le Coran, nous lisons : « Je n’ai créé les hommes et les djinns que pour qu’ils m’adore. » (51 : 53). Cette adoration doit se faire dans un cadre purement monothéiste. Rien ne doit être associé au Seigneur des mondes dans son droit le plus absolu qu’est la reconnaissance de Ses créatures vis-à-vis de Lui.

Cette reconnaissance doit a priori exclure tout intermédiaire qui essayerait de s’intercaler entre l’adorateur et l’Adoré. L’islam, contrairement à d’autres religions comme le christianisme, n’accepte pas qu’il y ait un tiers entre le croyant et son Seigneur. Le fidèle en islam est strictement tenu à directement s’adresser à Allah. Cela signifie que la religion islamique rejette catégoriquement la prétention insensée de certaines personnes, comme nous le constatons aujourd’hui chez les Soninké, à vouloir se placer entre l’Homme et son créateur. Cette volonté de s’interposer entre Allah et Ses créatures peut se manifester de plusieurs manières.
Dans la communauté soninké de la Mauritanie, du Sénégal et du Mali elle se manifeste tantôt par l’intervention des charlatans qui essayent d’escroquer les fidèles en leur proposant « d’intercéder » auprès d’Allah en leur faveur. Et, dans d’autres cas, ce sont les sectes ou les confréries qui enrôlent les croyants soninké dans une aventure dont ils ne maîtrisent nullement les contours à cause de l’ignorance qui est un grand fléau en milieu soninké.

Ainsi le fidèle soninké de l’islam, pour se rapprocher de son Créateur, pense que la meilleure solution est de se « cacher » derrière un charlatans ou un « marabout ». Une telle conception de l’islam est aux antipodes de la réalité du monothéisme islamique. La religion musulmane, depuis son origine au VII siècle, est contre des telles manifestations.

Aujourd’hui, la place que certains soninké accordent aux « savants » ne peut que susciter l’indignation de tout celui qui est conscient de l’impératif de réhabiliter le monothéisme dans un monde où les gens s’éloignent de plus en plus de l’esprit des sources (le Coran et la Sunna). C’est tout le contraire de la mission des messagers d’Allah que nous sommes entrain de vivre de nos jours dans certains pays musulmans. Le rattachement de certains fidèles soninké de l’islam à la personne du « marabout » conduit malheureusement à des écarts antimonothéistes, d’où la trahison du Message divin si intelligemment transmis par les messagers d’Allah depuis Adam jusqu’à Muhammad (paix sur eux).
Tous les envoyés d’Allah avaient pour mission de rétablir le monothéisme chaque fois les hommes se sont égarés du droit chemin. L’Homme est naturellement un être ingrat et insouciant. Même s’il connaît Allah comme son Seigneur et Créateur, il lui arrive parfois qu’il s’adonne au culte des idoles. C’est ainsi qu’il se met à vouer un culte à d’autres êtres vivants ou aux éléments naturels.
Naturellement, tout homme connaît Allah dans son unicité. Ceci revient à dire que l’Homme, de part sa nature, est un être monothéiste. C’est l’éducation qu’il reçoit qui fait de lui un polythéiste, un chrétien, un juif, un athée, un « adorateur » des charlatans ou des marabouts. Par conséquent, toute personne naît selon la nature humaine (fitra). Dans le Texte coranique, nous lisons : « Dirige ton [O Muhammad (SAW)] vers la religion [monothéisme], exclusivement [pour Allah] : telle est la nature qu’Allah a originellement donnée aux hommes. » (30 :30).
Il s’avère que si l’Homme, le Soninké dans ce contexte, s’écarte de la voie naturelle du monothéisme que son Seigneur lui a tracée il devient tout autre chose que monothéiste. Ainsi, on le verra vouer un culte aux « savants », à l’argent, au pouvoir, à la puissance au détriment de l’adoration d’Allah seul. Cet abandon du culte monothéiste tel que nous le constatons aujourd’hui dans la société soninké « moderne » ne peut être expliqué que par la trahison du Message divin transmis aux hommes par le biais des messagers d'Allah.

Aucun homme, à moins qu’il ne soit de mauvaise foi, ne peut valablement affirmer que le Massage du monothéisme n’a pas été suffisamment transmis. Dire cela signifierait que les envoyés du Tout miséricordieux auraient failli à leur mission. Tous les messagers ont pris l’engagement d’Allah de transmettre correctement et intégralement la totalité de la révélation divine. Cette révélation n’a pas varié. Autrement dit, elle a toujours consisté à appeler les gens au culte du pur monothéisme, et à s’écarter du « Tagout » (idoles ou tout autre objet auquel on accorde un amour révérenciel)
Muhammad, lors de son dernier pèlerinage à la Mecque, a clairement pris à témoin son public q’il a honnêtement et intégralement transmis le Message de son Seigneur. Effectivement, ses compagnons, comme un seul homme, l’ont approuvé. D’ailleurs, il ne fait aucune exception en la matière. Il n’est qu’un maillon de la longue chaîne de Messagers du monothéisme, comme en témoigne ce verset : « Dis : je ne suis pas une innovation parmi les messagers. »(46 : 9). Ce qui veut dire qu’il ne fait que continuer ce qu’avant lui Adam, Nouh, Moussa, Issa (paix sur eux) ont commencé. Dans ce cas, la pratique de l’islam telle que nous la trouvons aujourd’hui chez plus de 50 % des Soninké consistant à interposer des intermédiaires entre eux et le Créateur ou à vouer un « culte » exclusif à l’argent n’à rien « d’islamique ».
Dans le Coran, un nombre considérable des versets abondent dans le sens du monothéisme. Dans la Surate An-Nisâ, Allah enjoint aux croyants de n’adorer que Lui : « Adorez Allah et ne lui donner aucun associé. »(4 :36). Il est donc clair, comme le précise Hani RAMADAN dans son ouvrage intitulé Aspectes du monothéimse, que « l’essentiel du massage de l’islam est le monothéisme. Dieu est unique, et Seul Il détient les clés de l’univers dont l’homme ne connaît qu’une infime partie. » (Hani, 1998 : 6).
La principale cause qui fait éloigner les fidèles soninké du monothéisme est l’ignorance. C’est, de fait, la méconnaissance des lois divines que les Soninké choisissent des intermédiaires entre Allah et eux. La meilleure solution pour combattre cela, c’est l’éducation des fidèles. Le prophète Muhammad a passé les premières années de sa mission à la Mecque à n’enseigner que le monothéisme à ses compagnons. Tous les premiers versets du Coran sont consacrés à l’exposition du culte de monothéisme. Nous devons, nous aussi, adopter la même méthode pédagogique en milieu soninké.
SOUMARE Zakaria Demba


Réflexion sur la situation sociale en Mauritanie (suite)

Il est très tôt, sans doute, de faire le bilan des réalisations du gouvernement mauritanien depuis l’avènement du M. Sidi Ould Cheikh Abdallahi à la tête de la magistrature suprême de notre pays. Mais il n’est jamais trop tôt de faire un éventaire des grands obstacles qui freinent le développement de la Mauritanie d’aujourd’hui.
Dans un article précédent, paru dans ce blog, nous avons passé, sommairement, en revue les quatre premiers obstacles auxquels notre pays, en ce début du troisième millénaire, fait face. Aujourd’hui, dans le suivant article, nous continuons logiquement la liste de notre inventaire.
Le cinquième grand obstacle qui maintient, depuis plus de quarante, ce pays dans la pauvreté est la corruption. Notre pays est l’un premiers pays de l’Afrique où les fonctionnaires fictifs abondent sans qu’ils ne soient inquiétés de quoi que ce soit. Nous avons comme impression que la corruption est légalisée en Mauritanie. Elle fait tellement partie du quotidien des Mauritaniens que nous avons l’impression que tout fonctionnaire de l’Etat qui ne fraude pas dans son travail ou, pour être précis, qui ne détourne pas les biens publics de l’Etat n’est pas « normal ». La Mauritanie ne pourra jamais aller de l’avant si nous ne cessons pas avec cette tradition archaïque et lâche relevant d’une conception moyenâgeuse.
Le sixième grand obstacle qui empêche notre pays de décoller, c’est l’absence presque totale des services publics. Notre capitale est l’une des capitales les plus sales du continent. Les poubelles jonchent parfois les rues sans que personne ne s’en soucie vraiment. Or il est de la responsabilité des différentes communes de disposer les moyens nécessaires (fonds, véhicules, emplois) permettant d’assurer la propreté de la capitale. Si, aujourd’hui, il n’y a pas de minimum de propreté dans certains quartiers de Nouakchott, c’est les élus communaux n’ont pas suffisamment assumé toutes leurs responsabilités. Si nous n’arrivons pas à entretenir la seule capitale Nouakchott, il va sans dire qu’il est inutile de penser au reste du pays. De fait, la ville de Nouakchott brille par l’insuffisance, presque totale, de ses infrastructures. Voyager d’un quartier à l’autre, dans cette capitale, exige un vrai combat de titan. Les bus, qui n’ont de bus que le nom, sont toujours dans des très mauvais états. Les voyageurs sont assis les uns sur les autres ou sont obligés de faire tout le trajet les uns serrés contre les autres. Il n’y a aucun respect des normes de la circulation.
Pour mettre fin à cette situation, notre gouvernent, à l’instar des pays développés ou même de certains pays en voie de développement comme le Sénégal voisin, doit mettre à la disposition de ses citoyens de transports en communs modernes et publics qui seront placés sous son contrôle. Au Sénégal, puis que c’est notre voisin immédiat, le gouvernent avait commandé des bus, Dakar Dem –Dick, il y a quelques deux ou trois ans pour satisfaire les besoins, en matière de transport urbain, des populations.
Pourtant, du point de vue économique, nous n’avons rien à envier au Sénégal. Mais, seulement, le souci du bien-être des citoyens qui nous diffère. Les services publics dans ce pays, même s’il reste encore beaucoup de choses à faire, commencent à sortir de l’auberge. Beaucoup de progrès se font dans le sens de l’amélioration du fonctionnement de la qualité du train de vie des citoyens. Pour que notre pays entre de plain-pied dans le monde « moderne », nous devons prendre des mesures draconiennes consistant à inculquer le sens de la responsabilité à nos fonctionnaires. Nous avons le sentiment qu’en Mauritanie les fonctionnaires de l’Etat, du cadre à l’enseignant de l’école primaire, privilégient toujours leurs intérêts individuels à ceux de leur pays. Dans ce cas, il est très difficile de faire émerger une société mauritanienne nouvelle.
Le septième grand obstacle qui menace plus que jamais notre pays, c’est bien le peu d’importance accordée au développement de notre agriculture. La Mauritanie, comme la plupart des pays du Sahel, est victime depuis le début des années soixante dix de la rareté des précipitations. Les paysans, dont les travaux en période d’hivernage ne dépendent que des pluies, sont abandonnés à eux-mêmes. Ils ne bénéficient, réellement, d’aucun soutien leur permettant de se tirer d’affaire. Or un pays qui néglige le développement de son agriculture est un pays qui court de grands risques.
L’Etat doit mettre à la disposition de ses paysans des moyens leur permettant de moderniser leur agriculture. Des travaux ont certes été pris dans ce sens. Mais ils restent insuffisants, et parfois ils ne répondent même pas aux attentes des populations.

SOUMARE Zakaria Demba

Réflexion sur la situation sociale en Mauritanie


Un pays, comme le nôtre, ne peut pas prétendre aller mieux quand les deux ou trois tiers de sa population ne parviennent pas à satisfaire les besoins les plus urgents sans lesquels aucune vie digne de ce nom ne sera possible. Il suffit aujourd’hui de jeter un coup d’œil, si rapide soit-il, sur les réalités sociales, politiques et économiques mauritaniennes pour nous rendre aisément compte, d’une manière ou d’une autre, que notre nation a plusieurs défis à relever pour réussir, vraiment, son entrée dans le concert des nations « modernes » et développées.
Si nous ne prenons pas le temps et le ferme engagement d’aborder avec détermination les problèmes qui accablent le quotidien de nos citoyens et citoyennes, il est incontestable que nous courons vers une situation sociale difficile sans précédant dans l’histoire de notre pays.
Il serait sans doute prétentieux de vouloir recenser tous les problèmes auxquels les Mauritaniennes et les Mauritaniens sont quotidiennement confrontés. Cependant, nous pouvons nous permettre d’en citer quelques uns qui, à notre avis, sont les plus urgents à résoudre pour permettre aux populations de mener une vie sociale digne. Parmi ces problèmes, nous citons en premier lieu l’augmentation vertigineuse des prix des denrées de première nécessité. Notre pays est sans doute l’un des premiers en africain (et dans le monde) où aucune réglementation transparente ne s’exerce sur la fixation des prix.
Dans ce cas, nous sommes en présence d’une situation fantaisiste où chaque commerçant à la liberté totale de se fixer lui même les prix de ses marchandises. Et, incontestablement, ce sont toujours les pauvres qui paient les pots cassés. Normalement, dans un pays démocratique, les autorités doivent scrupuleusement veiller sur la détermination des prix des marchandises. La réglementation des prix doit tenir compte du train de vie des populations. Il n’est pas tout à fait normal d’augmenter les prix des produits de première nécessité alors la plus grande partie de la population vit dans une précarité financière qui frôle la catastrophe.
Le deuxième grand problème auquel les citoyens mauritaniens font face aujourd’hui, c’est l’absence quasi totale des infrastructures sanitaires. Le très peu d’hôpitaux publics que nous trouvons à Nouakchott et dans les autres grandes villes du pays sont très mal équipés. Ces hôpitaux, qui n’ont d’hôpital que le nom, ressemblent plus à des mouroirs qu’à des centres de soin. C’est pourquoi, de fait, les citoyens mauritaniens qui ont le moyen ne se font jamais soigner dans ces centres hospitaliers, et préfèrent aller se faire soigner à l’étranger.
Pour vous en convaincre, faites un petit tour d’une ou deux jours à Dakar. Le nombre de Mauritaniens qui partent chaque mois se faire soigner dans les hôpitaux de Dakar est tellement considérable que nous avons le droit de nous demander si notre pays dispose de centres de soins. Comme pour l’augmentions des prix, ce sont toujours nos pauvres qui sont les parents malheureux du système. Ils sont, qu’ils le veillent ou non, contraints de se contenter de leur sort. La santé de la population doit être une préoccupation de première heure du gouvernement de notre pays. Un peuple malade est un peuple qui ne peut pas se développer. Le pain et la santé sont les deux éléments indispensables pour l’épanouissement de toute population.
Le troisième grand problème qui menace notre pays aujourd’hui en ce début du troisième millénaire, c’est bien l’analphabétisme, l’illettrisme et la défaillance de notre système éducatif. Le taux d’analphabétisme dans notre pays est l’un des plus élevés dans la sous région. La principale cause de cela est sans doute la pauvreté. Car un père de famille qui n’a pas de quoi nourrir sa femmes et ses enfants se souciera très peu (ou pas du tout) de l’éducation de ces derniers. Il est donc tout à fait clair que pour remédier à ce fléau, nous devons d’abord nous attaquer à sa racine que la pauvreté. Il est de la responsabilité de nos dirigeants de créer des emplois, et de procéder à la formation des citoyens.
Plus nous accordons une importance à l’éducation de nos citoyens, plus nous avons la chance de diminuer le nombre des chômeurs. Cette éducation doit être une éducation de qualité. Autrement dit, il ne suffit pas de former pour former. Les autorités doivent tenir compte des réels besoins de notre pays, et c’est ensuite seulement qu’une véritable formation des populations doit commencer. Il va s’agir donc de former des citoyens capables de contribuer au développement de notre pays. Mais cela ne doit pas être une affaire prise à la légère, comme nous le constatons aujourd’hui en Mauritanie où la règle principale, dans le système éducatif, est le laxisme. Une réforme en profondeur doit être entreprise afin de redresser le niveau de nos élèves qui se dégrade d’année en année d’une manière on ne peut plus considérable.
Le quatrième grand problème qui nous menace aujourd’hui, plus que jamais sans doute, c’est le sida. Qu’on le veille ou non, cette maladie est un défi que les citoyens mauritaniens doivent relèvent. L’une des grandes causes de cette épidémie est l’ignorance. Les populations ne sont pas suffisamment informées sur les réels dangers que constitue cette maladie. Il est de la responsabilité de ces populations se s’informer afin de limiter les risques. Toutes les responsabilités ne doivent pas être mises sur le dos du gouvernement. Le pouvoir en place ne peut, à lui seul, tout faire.
Il doit travailler en concert avec les peuples et les organisations non gouvernementales qui sont sur le terrain afin de contrecarrer l’expansion rapide de cette maladie qui, si nous ne prenions garde, risquerait de causer plus de décès dans les années à venir qu’elle ne fait de nos jours. Le pouvoir et ces organisations doivent faire en sorte que tous les malades du sida, qui n’ont pas les moyens de se faire soigner, aient accès aux soins dont ils ont besoin. Ces soins exigent qu’il y ait au préalable des médicaments pouvant soulager les victimes. Il n’est plus besoin de rappeler ici combien les soins pour ces victimes du sida sont presque inexistants dans votre pays. Notre gouvernement doit suffisamment investir dans ce domaine afin d’éviter le pire à ses citoyens.

SOUMARE Zakaria Demba

samedi 15 septembre 2007

Mes quatre vérités

Notre pays, la Mauritanie, n’a pas, depuis son indépendance le 28 novembre 1960, réalisé un véritable développement économique, social, politique et infrastructurel. Les différents pouvoirs qui se sont succédé à la tête de la magistrature suprême de ce pays n’ont jamais clairement défini une politique de développement cohérente permettant de faire sortir notre nation du sous développement dans lequel elle se trouve depuis plus de trois décennies.
Un coup d’œil sur les réalités sociales, politiques et infrastructurelles suffit pour nous rendre aisément compte que beaucoup de choses restent encore à faire dans ce pays en matière de développement. Dans cette analyse ce qui semble surtout attirer notre attention, c’est bien l’insuffisance inquiétante des infrastructures (routes goudronnées, ponts…).
La dégradation de nos routes est une réalité qui, durant toute la période de l’hivernage, coupe une partie importante du territoire national du reste du pays. Les populations se trouvant dans le sud de la Mauritanie souffrent énormément de l’absence des routes goudronnées praticables et performantes pouvant leur permettre de circuler en toute liberté à travers tout le pays durant toute l’années. Le sud de notre pays, puisqu’il s’agit de lui, se retrouve ainsi isolé dans une sorte de no man’s land ne favorisant nullement le trafic entre les villages et les grandes villes du pays.
L’Etat de notre pays doit chercher, dans l’immédiat, à trouver une solution à ce manque d’infrastructures afin de désenclaver les deux régions (Gorgol et Guidimakha) qui sont particulièrement concernées par cette isolation. Seul ce désenclavement du sud du pays peut permettre de développer économiquement et socialement ces deux régions qui, durant les trois ou quatre mois de la saison des pluies, sont coupées presque totalement du reste du monde.
Aucun développement, de fait, ne peut se faire dans cette partie de la Mauritanie si les autorités ne prennent pas la peine et l’engagement ferme de faire des routes goudronnées et praticables durant les douze mois de l’année. Nous devons passer des promesses électorales, qui ont toujours promis aux populations la mise en place des infrastructures, à la réalité qui consistera à faire des routes reliant la capitale aux villages isolés du Sud.
S’il n’y pas des routes praticables entre ces villages et Nouakchott, il va sans dire que les échanges commerciaux et les flux migratoires des populations auront beaucoup de mal à suivre leur train normal. Les commerçants habitant dans cette partie de notre pays sont chaque année obligés de venir acheter leurs marchandises à Nouakchott avant l’arrivées des premières pluies de l’hivernage.

Durant les trois mois de la saison des pluies (juillet, août et septembre), aucun trafic ne possible. Les populations sont contraintes de se résigner à leur triste sort. Elles ne savent plus à quel saint se vouer. Elles se retrouvent, par la même occasion, comme emprisonnées dans ce coin reculé du pays où voyager vers les grandes villes (Kaédi, Nouakchott, Selibabyi…) devient un vrai cauchemar, pour ne pas dire impossible.
Depuis trois mois, avec l’élection de M. Sidi Ould Cheikh Abdallahi à la tête de l’Etat mauritanien, notre pays a choisi de s’engager dans la voie de la démocratie, après deux décennies de dictature, d’obscurantisme et de laxisme. Le peule mauritanien, sans aucune forme de contrainte, a décidé, par la même occasion, de mettre toute sa confiance sur le candidat qu’il a sciemment choisi pour présider à son destin. Il est donc clair que dès le départ ce peule avide de liberté et de justice a signé un contrat avec celui qui est considéré aujourd’hui comme le premier garant du bien –être de tous les Mauritaniens.
Le respect de ce contrat exige que l’on réponde, d’une manière plus ou moins satisfaisante, aux besoins de ces Mauritaniens afin qu’ils ne regrettent pas d’avoir fait le mauvais choix en désignant Sidioca comme leur président. Satisfaire ces Mauritaniens, c’est leur donner la possibilité de se déplacer en toute liberté à l’intérieur de nos frontières nationales durant toute l’année. Cela ne peut être réalisable que si une politique cohérente de désenclavement du sud de notre pays est définie.

SOUMARE Zakaria Demba
soumarezakaria dembablog.fr

jeudi 13 septembre 2007

Les défis communs

Le gouvernement de Monsieur Sidioca fait aujourd’hui face à des défis de nature inquiétante qui freinent le développement de notre pays. Si un programme cohérent n’est pas défini dans l’immédiat permettant de trouver une solution adéquate à ces défis, il va sans dire que nous ne sortirons pas de si tôt de l’auberge. Ces défis qui, en réalité, sont hérités de la médiocrité des différents gouvernements successifs mauritaniens depuis plus de deux décennies, concernent particulièrement :

o la défaillance de notre système éducatif due, en grande partie, à une absence presque totale d’une vraie politique éducative, et dont l’une des conséquences manifestes est la baisse inquiétante du niveau des élèves dans nos lycées et collèges ;

o la paupérisation de plus en plus galopante de la population qui ne sait plus, il est vrai, à quel saint se vouer pour se tirer d’affaire ;

o le chômage des jeunes diplômes qui, au sortir de la fac, s’interrogent sur l’utilité de leurs diplômes dans une société où le mérité et la compétence sont le cadet des soucis ;

o la démission de certains de nos fonctionnaires sans scrupules de leurs responsabilités envers eux-mêmes et la nation ;

o le manque de civisme qui fait que personne ne manifeste un intérêt pour le bien public de l’Etat ;

o le laxisme administratif.

La liste de ces défis est loin d’être complète. Il revient aux citoyens mauritaniens, hommes et femmes de toutes tendances confondues, d’agir avec détermination afin de relever ces obstacles constituant une menace réelle pour notre nation. Dans ce combat, il revient à chaque mauritanien (ne), du président de la République au paysan, d’assumer ses responsabilités. Si nous refusons de mener ce combat ensemble, il est clair que la nouvelle Mauritanie que nous voulons voir émerger ne sera pas pour demain. De fait, les défis ci-mentionnés ne pouvaient être relevés que si nous acceptions de changer nos mentalités. En Mauritanie, nous sommes vraiment désolé de le signaler ici, nous n’avons pas encore une culture de l’effort collectif pour le bien de la nation. Aucun (e) d’entre nous n’est encore prêt (e) à se sacrifier pour son pays. Dans ce cas, il sera très difficile (voire impossible) de vaincre les défis qui bloquent aujourd’hui le processus démocratique, économique et social de notre nation. Il revient de la responsabilité du gouvernement en général et de chacun (e) d’entre nous en particulier de prendre conscience de la nécessité d’aller au « combat » en ordre « soudé ». Les défis auxquels la Mauritanie d’aujourd’hui fait face exigent de tous les citoyens un engagement inconditionnel dans la bataille sociale et politique.

SOUMARE Zakaria Demba

Soumarezakaria dembablog.fr

dimanche 9 septembre 2007

Plaidoyer pour une justice sociale en Mauritanie


Les populations de la République mauritanienne, comme la plupart de celles des pays au sud et au nord du Sahara, vivait (vit) dans une situation sociale où les populations ont l’impression d’être dans une impasse économique, démocratique, politique, sociale et juridique. Cette situation, qui ne favorise aucun développement, est en passe d’être tournée, même s’il faut émettre quelque réserve.
De fait, depuis que les militaires de la CMJD ont « chassé » Maouya du pouvoir, les esprits des citoyennes et citoyens mauritaniens se libèrent, s’expriment sans aucune crainte. Il y a seulement quelques mois, dans ce pays, personne n’osait parler de la poursuite de Taya devant les instances juridictionnelles nationales ou internationales. De même, parler du retour des réfugiés était un sujet presque tabou.
Cependant, pour tout celui qui s’intéresse, de près ou de loin, à l’actualité mauritanienne depuis l’instauration du pouvoir civil, se rendra aisément compte de l’abondance d’articles et des commentaires sur ce sujet tant dans la presse écrite que sur les sites Internet.
Tout concourt, finalement, à faire prévaloir les droits des milliers de nos compatriotes expulsés de chez eux en 1989, et la traduction du responsable numéro un de cette expulsion massive devant la justice afin qu’ils réponde de ses actes. Les Mauritaniens sont, d’un coup, passés d’une attitude de passivité et de fatalité à celle de réaction contre toute forme d’injustice sociale.
Cependant, ce sur quoi nos concitoyens doivent mettre l’accent, si nous voulons vraiment sortir de cette situation d’impasse, c’est bien, entre autres, les préoccupations des milliers des Mauritaniennes et des Mauritaniennes qui, au jour le jour, luttent pour survivre. Il ne peut y avoir de justice sociale dans un pays quand la plus grande partie de la population est victime de la pauvreté, de la paupérisation, de l’analphabétisme, de l’illettrisme.

Dans moins d’un mois, en Mauritanie comme dans la plupart des pays de la sous région, c’est la rentrée scolaire. Déjà certains pères de famille s’interrogent sur ce qui les attend. A la lutte quotidienne pour trouver le pain familial, va s’ajouter bientôt les frais des fournitures scolaires. Ils ne savent plus à quel saint se vouer. Tellement les charges qui pèsent sur eux sont lourdes.
Chaque année, un nombre considérable d’enfants sont obligés de quitter l’école sans aucun diplôme par ce que tout simplement leurs parents n’ont pas assez de moyen pour assurer leur scolarité. Et dans trois ou quatre semaines, il est vrai, beaucoup d’entre eux ne répondront pas à l’appel des instituteurs. Une telle situation est indigne de note pays.
Les Mauritaniens, ensemble, doivent trouver une solution à cela pour qu’il puisse y avoir une justice sociale permettant à tous les citoyens de notre nation de profiter des biens de l’Etat. Il n’est plus besoin de dire que notre gouvernement a les moyens de venir en aide à ces milliers de parents d’élèves afin qu’ils puissent assumer leur responsabilité. Cette aide pourrait revêtir plusieurs formes.
Elle pourrait concerner, dans un premier temps, l’attribution des dons, au début de chaque année scolaire, aux élèves dont les parents n’ont pas le moyen de payer des fournitures scolaires à leurs enfants. Et, dans un second temps, l’Etat pourrait accorder une bourse à tout élève dont le revenu mensuel des parents ne permet pas de subvenir aux besoins de la famille et de prendre en charge la scolarité des enfants.
Tant que ce problème n’est pas régler, nous ne pouvons pas venter d’être dans un pays où la justice sociale et la démocratie règnent. Car, il est clair, si nous négligeons la scolarité des enfants pauvres d’aujourd’hui, c’est tout l’avenir de notre pays qui sera mis en question. Plus notre Etat accorde une chance de réussite à ces élèves pauvres, plus nous aurons la chance d’avoir, dans quelques années, des citoyens mauritaniens responsables et conscients de l’intérêt général de leur pays.
La Mauritanie, en d’autres termes, est un pays qui a du pain sur la planche sur plusieur domaines. La justice sociale, dans la Mauritanie d’aujourd’hui, c’est la lutte contre le chômage des diplômés qui se retrouvent, après leur formation universitaire, à la marge du monde professionnel, c’est, avec détermination, la lutte sans merci contre le sida qui constitue, que nous le voulions ou non, l’un des défis que nous devons relever aujourd’hui pour entre dans ce monde du XXI siècle naissant.
La justice sociale en Mauritanie, c’est, également, la bataille, au quotidien, contre le manque d’eau potable et le délestage de l’électricité. . Il n’est pas juste que certains quartiers de notre capitale soient toujours privés d’électricité et d’eau potable.
Le gouvernement de notre pays doit, de fait, faire en sorte que tous les citoyens aient un mode de vie digne. Il n’est pas du tout acceptable, aujourd’hui, de voir dans notre pays des citoyens qui, quand ils se lèvent le matin, ont la trouille au ventre à cause de ce qui les attends l’après midi
La justice sociale en Mauritanie, c’est également la lutte contre la corruption. Car c’est bien ce démon qui est la cause de tous les maux dont souffrent la population de notre pays. Ceux qui gaspillent ou pillent les biens publics de l’Etat doivent être rigoureusement poursuivis et traduits en justice. La campagne contre « les enseignants fantômes » qui vient d’être lancée par le ministère de l’Education Nationale de notre pays doit être encouragée.

Cette campagne doit s’élargir à toute l’administration de notre pays. Car il est indigne de percevoir un salaire si l’on ne travaille pas. C’est de la délinquance professionnelle. Ceux qui font cela n’ont aucune conscience civique. Des tels individus sont dangereux pour la Mauritanie d’aujourd’hui et de demain. Les Maurianiens doivent ttravailler en concert avec leur gouvernement pour l’émergence d’une société mauritanienne nouvelle et démocratique. Cette société nouvelle ne peut jamais être construite sur le mensonge et la négligence.

SOUMARE Zakaria Demba





Mes quatre vérités



La Mauritanie a aujourd’hui, plus qu’hier sans doute, besoin de tous ses enfants, hommes et femmes confondus, pour son développement économique, social, politique et démocratique. Seule la participation de toutes les citoyennes et de tous les citoyens peut, il est vrai, permettre à notre pays de se redresser de son passé tumultueux jalonné de deux décennies de dictature, de laxisme, d’injustice sociale, de corruption, de gaspillage des biens publics de la nation. De fait, depuis l’arrivée au pouvoir de Monsieur Sidioca, il y a quatre mois si j’ai bonne mémoire, les choses semblent s’orienter vers le bon côté.
Les Mauritaniennes et les Mauritaniens commencent, d’une manière ou d’une autre, à prendre goût à la vie et à la liberté, même s’il y a quelques améliorations à faire dans la mesure où, précisément, nous assistons aujourd’hui en Mauritanie à un changement concernant plutôt certains aspects de la justice sociale tels que le retour des réfugiés, la traduction de Taya devant les instances juridictionnelles nationales ou internationales que des problèmes touchant immédiatement les citoyens dans le quotidien.
Cependant, l’initiative qui a été prise par les autorités d’en finir pour de bon avec un passé étouffant devrait être encouragé et soutenu par toute la population. Car la Mauritanie, en ce début du XXI siècle, fait face à plusieurs défis. Ces défis, pour être relevés, exigent de l’Etat mauritanien et de chaque citoyen un dévouement inconditionnel.
Le gouvernement de notre pays, avec le soutien des populations, doit s’engager objectivement à trouver une solution immédiate à ces défis qui gangrènent la vie quotidienne de nos citoyens. Si nous ne prenons pas la mesure d’intervenir auprès des populations afin de les soulager de leurs charges, il va sans dire que l’émergence de la Mauritanie nouvelle et juste que nous appelons de tout notre vœu n’est pas pour demain. Nous n’avons jamais cessé, en d’autres termes, de dire qu’un pays ne peut jamais se développer, quelques soient ses potentialités naturelles et humaines, si les besoins fondamentaux des populations ne sont pas satisfaits.
A ce jour, dans votre pays, il y a des familles qui survivent au quotidien alors que les ressources naturelles que la Mauritanie dispose, contrairement à d’autres pays de la sous région, devraient permettre, si seulement elles sont bien reparties, à tous les citoyens de mener une vie digne. Il est, dans ce contexte social difficile pour une grande partie de la population, de la responsabilité de tous les citoyens mauritaniens refuser qu’il y ait dans notre pays des familles qui n’ont pas les moyens de subvenir aux besoins les plus élémentaires de la vie. Des familles qui, au lever du soleil, s’inquiètent de ce qui les attend le soir. Il est de la responsabilité de chaque Mauritanienne et de chaque Mauritanien de dénoncer, pacifiquement, une telle situation de paupérisation inquiétante.
Le but de notre engagement social dans une situation de misère sociale généralisée, c’est, d’une main manière rigoureuse et déterminante, de faire en sorte que ces familles aient la possibilité de satisfaire leurs besoins au quotidien, que les pères de familles trouvent le moyen d’assumer leurs responsabilités vis-à- vis de leurs enfants. Il y va de l’intérêt de notre nation de trouver une solution immédiate à ce problème. Car un père de famille qui n’a pas de quoi nourrir ses enfants n’aura sans doute pas le temps de s’occuper de leur éducation.
L’Etat de notre pays doit prendre des mesures nécessaires afin ses ces familles pauvres aient les moyens de leur subsistance afin qu’ils puissent s’acquitter de leur responsabilité parentale. Le but notre responsabilité dans ce contexte social où certains enfants sont privés de l’éducation, c’est de faire en sorte que ces derniers aient accès à une formation de qualité pouvant leur permettre de sortir un jour leurs parents de la misère dans laquelle ils se trouvent. Ces enfants ainsi que leurs familles doivent trouver leur place, avec dignité, au sein de notre communauté. Nous ne pouvons pas prétendre avoir réussie à mettre en place une société mauritanienne juste si, au préalable, nous ne trouvons pas une solution urgente à ces défis qui constituent un grand obstacle pour notre pays.
Notre conscience « citoyenne » ne doit jamais cautionner l’ignorance et le manque de formation d’une partie importante de nous compatriotes faute de moyens. Si nous ne prenons pas le temps, le soin et la peine de nous occuper des enfants mauritaniens d’aujourd’hui, il est incontestable que nous nous acheminons vers une Mauritanie plus médiocre où il y aura nous allons assister impuissants à la pratique de toutes sortes d’injustices sociales. La formation de ses enfants mauritaniens est une priorité de première nécessité. Le développement de notre doit passer par l’éducation et la formation de tous les enfants mauritaniens sans aucune forme de distinction sociale.
Notre responsabilité est grande dans ce combat. Nous devons en finir, pour de bon, avec la tradition de démission que nous adoption (adoptons) consistant à mettre toutes les responsabilités sur le dos des autorités. Il est sans doute vrai que l’Etat est le premier garant du bien-être de la population.
Cependant cela ne doit pas nous dédouaner, pour autant, de nos devoirs voire de nos responsabilités. Nous devons, chacun et chacune, contribuer, selon nos compétences respectives, à la construction de la Mauritanie nouvelle et démocratique qui commence à émerger de son passé douloureux. Cela exige une prise de conscience civique. Nous regrettons, vraiment, de rappeler ici qu’en Mauritanie la conscience civique nous beaucoup défaut. Mais il n’est jamais trop tard de prendre conscience et de réparer nos erreurs.

SOUMARE Zakaria Demba


La place de la femme dans la Mauritanie de demain

Longtemps, hélas, dans les traditions africaines au sud et au nord du Sahara en général et mauritaniennes en particulier, la femme est considérée comme un être inférieur, sans aucune importance, servile devant restée à la maison pour s'occuper uniquement des enfants et des travaux ménagers.
Cette tradition était tellement encrée dans la mentalité des populations que personne n’osait, sous peine d’encourir une sanction collective, la remettre en question. La frontière établie entre les deux sexes se fait sentir sur tous les plans sociaux. Dès la tendre enfance, les parents ainsi que toute la société veillent scrupuleusement sur le respect de cette tradition.
Les jeunes filles n’ont droit qu’à s’occuper que des travaux concernant l’univers féminin. Tandis que, de leur côté, les garçons sont plus enclins à faire des tâches exigent le courage et la force. Cette répartition d’activités s’élargit à tous les échelons de la vie quotidienne des Mauritaniens. Ainsi, dans les travaux champêtres par exemple, en période d’hivernage, les femmes ont leurs parcelles séparées de celles des hommes.
Dans la vie quotidienne, garçons et filles évoluent côte à côte sans que les uns se mêlent des affaires des autres. Dans la scolarisation, les garçons sont, de très loin, plus favorisés que leurs sœurs du même âge ou de la même génération. Même si certaines filles sont au départ envoyées à l’école, 80 % d’entre elles finissent leur course au foyer à cause du mariage parfois précoce, pour s’occuper uniquement de leurs enfants et de leurs maris.
Cependant, force est de constater que depuis quelques années les choses commencent à évoluer du bon côté. De plus en plus de filles commencent à poursuivre des études jusqu’à la fac où elles sortent avec un diplôme universitaire leur permettant de tenter leur chance dans la vie professionnelle. Nous devons encourager cela. Car l’idée selon laquelle la fille ne doit pas bénéficier du même traitement que le garçon est, de fait, le résultat d'une conception archaïque et discriminatoire de la société mauritanienne traditionnelle (et moderne) qu'il faut combattre avec beaucoup de fermeté.
Si nous voulons construire une Mauritanie moderne et démocratique où les citoyens et les citoyennes auront un mode de vie digne répondant aux critères des droits humanitaires de l’homme, nous devons donner la chance à tous les citoyens mauritaniens, hommes et femmes, de s'épanouir intellectuellement, spirituellement et (surtout) professionnellement.
Il est sans doute regrettable de voir aujourd'hui, dans ce pays, un grand nombre de filles privées de l'éducation et de la formation à cause des considérations culturelles auxquelles personne n’y croit plus. Ces considérations, qui relèvent il est vrai d’une autre époque, doit être rigoureusement condamnées.
Le gouvernement de notre pays doit davantage s'investir dans la formation des jeunes filles. C’est la seule solution permettant l’émergence d’une société mauritanienne juste et démocratique. Car aucune société au monde ne peut évoluer, se développer, aller de l’avant sur le plan social, politique, démocratique et culturel en négligeant la participation des femmes à son développement.
La femme, dans la Mauritanie de demain, doit jouer le même rôle que l'homme. Rien, dans nos valeurs religieuses, ne s'oppose à cela. L’opposition de certains parents d’envoyer ou de laisser leurs filles continuer leurs études est une attitude relevant de l’ignorance et du manque de respect pour la dignité humaine. Il est regrettable et injuste de voir certaines filles/femmes interdites par leurs maris ou leurs parents, à cause des considérations sociales ou traditionnelles, de faire des études « poussées » ou d'entrer dans le monde professionnel.
Toutes les femmes, sans aucune exception, doivent bénéficier de l’éducation et de la formation professionnelle. Et une femme qui a fait des études doit, au même titre sans doute que l'homme, mettre ses compétences au service de son pays.
La Mauritanie ne peut concrètement entrer dans le monde moderne que si nous acceptons de donner à la femme toute sa dignité. Et nous ne saurons jamais lui donner sa dignité si, au préalable, nous la privons du droit au travail, à l'éducation et la formation. Sa participation à la vie active de la société mauritanienne d'aujourd'hui et de demain profitera à tout le monde.
Cette participation va lui permettre à la fois de contribuer à son propre épanouissement (en diminuant surtout les charges de son conjoint, et en se sentant plus libre économiquement) et à l'essor économique de la nation, en apportant sa contribution à l’émergence d’une Mauritanie nouvelle et démocratique où tous les citoyens se sentiront respectés et conscients de leur devoir vis –à-vis de leur nation.

SOUMARE Zakaria Demba

vendredi 7 septembre 2007

Coup de coeur

L'isolement

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.

Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports,
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante :
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m'attend. »

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire,
Je ne demande rien à l'immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi !
Sur la terre d'exil pourquoi restè-je encore ?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

LAMARTINE

Brèves notes de lecture



Le thème de la migration dans la fiction romanesque négro-africaine francophone ne date pas d’aujourd’hui. De Force Bonté (1926) du tirailleur sénégalais Bakari DIALLO à Bleu Blanc Rouge (1998) du Congolais Alain MABANCKOU, les romanciers noirs d’Afrique de langue française ont toujours produit des œuvres romanesques avec des personnages émigrants.

La migration des héros s’effectue principalement, pour ne pas dire uniquement, dans le sens de Afrique – Europe ou Europe – Afrique ; cependant qu’il existe d’autres directions, comme celles de village – ville ou ville –village (pour les migrations internes) et Afrique – Afrique ou migrations interafricaines.

Les raisons qui sont à l’origine de la mobilité des personnages romanesques négro-africains francophones sont diverses. Certains protagonistes émigrants quittent leur pays d’émigration ou d’origine pour des raisons psychologiques, économiques, attractives ; tandis que d’autres (comme par exemple les réfugiés de Murambi, le livre des ossements) se déplacent pour des motifs purement sécuritaires, compte tenu de la situation d’instabilité généralisée qui règne dans leur pays.



Cette migration des personnages dans le paysage romanesque négro-africain francophone, comme d’ailleurs tout mouvement migratoire, entraîne des conséquences tant économiques, socio-culturelles qu’humanitaires considérables à la fois dans les deux pays d’émigration et d’immigration.

Il n’est pas du rôle de la littérature d’apporter des solutions aux flux migratoires des populations du Sud vers le Nord. Cependant, nous estimons nécessaire de suggérer un certain nombre de mesures permettant, nous semble-il, de maintenir les émigrants dans leur pays d’origine. Parmi ces mesures, il faut particulièrement noter l’équilibre dans les échanges commerciaux internationaux entre les pays du « tiers monde » et ceux de l’Union européenne.

Les pays européens, après le drame de Ceuta et Melila en 2005 et les vagues d’émigrants clandestins qui ont pris une ampleur inquiétante ces derniers temps, ont organisé plusieurs sommets tant en Afrique qu’en l’Europe pour ainsi mettre fin aux flux migratoires illégaux des populations africaines vers « l’Eldorado européen. » Sommets après sommets, aucune solution fiable ne semble s’afficher à l’horizon. Car ce que les dirigeants européens semblent ignorer est que la migration des Africains vers Europe est due, en grande partie, à l’échec des différentes politiques de développement.

Tant que les États du Nord et ceux du Sud n’ont pas résolu cette question, il y aura toujours des candidats à la migration clandestine qui se feront tuer aux portes de l’Europe, en tentant de forcer les barrières métalliques forgées par certains pays européens (Espagne, Italie...) à leurs frontières. Il y a aussi une grande part de responsabilité des dirigeants africains corrompus qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts au détriment de ceux qu’ils gouvernent.

Déjà, en 2005, la France et l’Espagne, avec la participation des pays africains (Mauritanie, Mali, Sénégal, Libye, Maroc, Tunisie, entre autres) d’où partaient ces migrants clandestins en quête d'une meilleure condition de vie, décident d’organiser un sommet pour parler de la migration incontrôlée des populations du Sud vers le Nord. Mais tous les sommets finiront en queue de poisson, tant qu’une solution équitable et fiable dans le partage des ressources naturelles n’aura pas été trouvée. Car la migration est la résultante des rapports pervers entre le Nord nanti et le Sud appauvrit : seule la transformation en profondeur de ces rapports apportera une réponse sûre et durable à ce drame des temps modernes.

Plusieurs hommes politiques français, à l’instar de leurs homologues européens, ont présenté leurs politiques migratoires qui sont toutes restées inefficaces. De Charles PASQUA (ancien ministre de l'Intérieur français) à Nicola SARKOZY, rien de nouveau ne semble s’afficher à l’horizon qui puisse résoudre les problèmes de la migration/immigration. Nous nous souvenons que l’idée de SARKOZY de favoriser une « immigration choisie » a été battue en brèche voire dénoncée comme un pillage des cerveaux africains.

« Pour certain nombre de personnalités africaines, affirme François SOUDAN, comme Alpha Omar KONARE, Abdoulaye WADE, Abdou DIOUF, Hama AMADOU ou encore le chanteur Alpha BLONDY et la militante associative Aminata TRAORE […] cette politique n’est autre chose qu’une version modère de la traite, le pillage des cerveaux. »

L'avenir des sociétés du Sud et du Nord devrait être bâti sur des bases solides de confiance dans le commerce mondial régi par des politiques de bonne gouvernance et de partage équitable des ressources naturelles et humaines.


SOUMARE Zakaria Demba

Regards sur la migration des habitants du village de Tulel (sud de la Mauritanie)


La population de Tulel, comme d’ailleurs tous les peuples ouest africains, sont des grands voyageurs. Au début du siècle dernier, les jeunes gens en quête d’une meilleure condition de vie matérielle partaient chercher fortune dans les pays de la sous région comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Gambie

Cette migration vers les pays les plus proches du pays d’émigration se faisait principalement en deux temps : en période d’hivernage, les travailleurs saisonniers ou navétanes partaient cultiver les champs d’arachides dans les bassins arachidiers au Sénégal ou en Gambie. Ils y restaient jusqu’à la fin des récoltes. Et, durant le reste de l’année, les plus ambitieux se transformaient en jula (commerçant) et faisaient la navette entre la Côte d’Ivoire, la Centre Afrique et leur pays de départ.

Mais après les deux guerres mondiales et la demande forte de la France d’une main-d’œuvre pour sa reconstruction, nous avons assisté au départ de certains ressortissants de ce village pour la métropole. Cette migration vers la France est devenue d’autant plus massive de nos jours que le village se vide de toutes ses forces vives, d’où l’abandon de certains travaux qui constituaient la principale source de survie des Tulelinko, habitants de Tulel.



Les raisons de cette migration vers l’Europe sont principalement de deux sortes : économique et psychologique. Le motif économique s’explique par le fait que les jeunes, devant une situation économique sans issue et n’ayant aucune formation pouvant leur permettre de trouver un travail sur place, décident d’aller tenter leur chance en France ou en Espagne où les conjonctures économiques semblent être plus ou moins favorables.

Cette migration de la jeunesse tuleloise vers l’Occident est une véritable manne financière qui permet à bon nombre de familles de subvenir à leurs besoins quotidiens. Mais aussi elle joue un rôle on ne peut plus négligeable dans le développement du village. Car le plus grand nombre des infrastructures (écoles, maternités, dispensaires…) que nous trouvons aujourd’hui dans le village sont construites par les immigrés se trouvant en France ou en Espagne.

Le motif psychologique de cette migration de la jeunesse de Tulel vers la métropole s’explique par le fait que, dans la communauté soninké, n’a droit au respect et à la parole que celui qui migre hors du village, à l’étranger pour être précis. Cette tradition est d’autant plus encrée dans la conception des villageois qu’elle est renforcée par l’image que les immigrés en vacances au village se donnent de leur prétendue réussite sociale.

Ainsi, pour les familles et les jeunes candidats au départ, tous les moyens sont bons pour aller en France ou en Espagne afin de pouvoir faire les mêmes types d’investissements que le voisin du coin. Nous devons rigoureusement combattre cette conception fausse que les jeunes ont de la migration en Europe.

Nous avons la responsabilité de leur faire comprendre que la réussite sociale et professionnelle peut être possible chez nous. La France n’est plus comme nous la croyions il y a quelques années. Leur avenir doit se jouer en Afrique. Il est temps qu’ils se mettent à se former sur place et essayer de trouver leur voie chez eux que de tenter une aventure européenne dont ils maîtrisent mal les contours.

SOUMARE Zakaria Demba

Les damnés de l’océan



La migration clandestine vers l’Europe est, hélas, l’un des fléaux des temps modernes. Depuis le drame regrettable de Ceuta et Melilla en 2005, le continent africain, presque chaque jour, se vide de sa jeunesse, de ses forces vives et de ses intellectuels. Des vies humaines échouent presque quotidiennement dans les profondeurs de l’océan à bord d’embarcations de fortune. Pourquoi tant d’acharnement à vouloir quitter, vaille que vaille, l’Afrique ?

Il y a principalement deux grandes causes à cette migration : les causes répulsives (misère, pauvreté, persécution religieuse, raciale ou politique, pressions familiales qui poussent les citoyens d’un pays à émigrer ; et les causes attractives qui se manifestent par le simple besoin de changer de mode de vie, d’horizon).

Mais pour répondre sommairement à cette question, j’estime nécessaire de n’insister que sur une seule cause de cette migration : la cause psychologique. Il est sans doute impossible de séparer cette cause à la cause économique, tant les deux sont liées par leurs caractéristiques.



Dans les sociétés traditionnelles et modernes africaines en général et mauritanienne en particulier, l’idée que l’on a de l’Europe, la France notamment, est d’autant plus forte que toute personne n’ayant pas fait le voyage à l’étranger est considérée comme un laisser pour compte au sein même de sa propre famille. Cette idée est d’autant plus ancrée dans l’imaginaire de la population qu’elle est doublée de l’image que les immigrés eux-mêmes donnent de leur mode de vie en France. Par conséquent, pour nos jeunes, il n’y a pas de réussite possible s’ils n’émigrent pas hors de ce continent « maudit » qu’est l’Afrique.

Tous les moyens sont ainsi bons pour réaliser le rêve. D’autant plus que les candidats à l’émigration voient chaque fois un voisin, un ami d’enfance envoyer de l’argent aux parents ou construire une maison à Nouakchott ou au village. La migration en Europe est dans ce cas associée à l’idée de la réussite sociale et du succès dans l’imaginaire de la population du village ou du quartier.

Nous devons sensibiliser ces jeunes qui sacrifient leur vie que l’Europe est très loin d’être le paradis tant convoité. La réussite professionnelle ou sociale peut être possible tant en Afrique qu’à l’Europe. Les jeunes devraient arrêter de braver la mort par le biais de l’océan pour joindre un continent qu’ils considèrent être la solution de tous leurs problèmes.

La misère et la pauvreté existent partout. L’Europe aussi a ses pauvres. Mais on ne dit presque jamais cela au risque de choquer. Le vrai travail de sensibilisation devrait, à mon avis, se faire auprès des familles qui, on le comprend, poussent leurs progénitures au voyage de la mort à bord d’embarcations de fortune construites par les marchants de la mort sans scrupules.

Les Africains devraient davantage s’investir dans la formation et la création d’emplois pour sauver la vie de ces milliers de personnes désespérées. Un vrai travail d’informations sur les réalités occidentales doit être fait à la base pour éviter les drames que nous sommes en train de vivre en ce moment. Ces centaines de personnes qui laissent leur vie dans les eaux ténébreuses de océan peuvent être sauvées si seulement les médias acceptent d’entreprendre une campagne de sensibilisation qui consistera à montrer le vrai visage de l’Europe. Ce ne sont pas les médias occidentaux qui le feront. Car nous savons que ces médias diffusent leurs émissions à l’intention des populations « du tiers monde » par sélection.

Tout concourt, de fait, à créer un climat psychologique qui miroitera aux yeux des candidats au voyage de la mort l’image d’une Europe paradisiaque où l’on peut, sans effort aucun, se faire rapidement fortune. Cette campagne de sensibilisation doit être le travail des médias locaux africains. Dans ce domaine, les Africains ne doivent rien attendre des médias occidentaux qui, en réalité, ne font rien pour démythifier l’Europe. Le mythe d’une Europe paradisiaque doit être rigoureusement dénoncé. C’est la seule façon de sauver la vie de tous ces jeunes candidats à l’aventure.

SOUMARE Zakaria Demba

La hiérarchisation sociale en milieu soninké


La société soninké est réputée être l’une des sociétés les plus hiérarchisées de l’Ouest africain. Dans ce groupe ethnique, chaque fraction occupe une place et une fonction bien déterminées dont elle doit scrupuleusement s’acquitter. Nous avons, pour notre étude, distingué :

II- 1- Les Tunkalemu (sing. Tunkaleme)

Au sommet du système hiérarchique soninké, nous trouvons les Tounkalemu, c'est-à-dire ceux auxquels la vie politique de la société est confiée. Ils constituent en quelque sorte la classe dirigeante. Le Pr. A. Bathili affirme que la notion de classe dirigeante désigne un ensemble de groupes sociaux qui se distinguent par la position imminente qu’ils occupent dans la société. Il s’agit donc d’un groupe auquel l’exercice et le contrôle de l’appareil étatique sont confiés.


Par ailleurs, pour le Pr. Bathili et C. Meillassoux, le terme de Tunkaleme signifierait «prince ». En effet, le vocable est formé de deux éléments essentiels : Tunka, qui signifie en soninké «roi», et leme qui se traduit littéralement par «fils». Quant au terme de Tunkalemahu, qui est aussi un dérivé du premier vocable, nous le traduisons par «le fait de gouverner, de diriger ». Dans la pyramide sociale en milieu soninké, la fonction de Tunkalemahu est la plus haute. Aliou Kisma Tandia, dans son ouvrage, précise d’une manière claire que :

« [Le terme] désigne une certaine prééminence sur les autres composantes de la société fondée sur la possibilité d’exercer le pouvoir temporel au niveau d’un Debe (village) ou d’un Jamaane (pays) qu’on acquiert par la naissance. Ce droit de commandement se base sur le droit de premier occupant du sol ou [par] usurpation du pouvoir»

II- 2- Les Niahamalo

Dans le système des castes en milieu soninké, les Niahamalo sont considérés comme les clients des Tunkalemu du fait de leur dépendance de cette classe dirigeante. Ils se repartissent en plusieurs sous- groupes. Dans l’ordre de leur succession, par la tradition, nous les classons ainsi :

II- 2- 1- Les Geseru ( sing gesere, griot)

Dans toute société Ouest africaine, les Geseru, qui changent d’appellation d’une ethnie à une autre, occupent une place non- négligeable. En milieu soninké, les Geseru étaient le sac à parole des Tunka, ainsi que la mémoire vivante de toute la communauté. Ils étaient chargés de réciter les généalogies des principales familles nobles ou royales du royaume en s’accompagnant de leur gambare (sorte de guitare traditionnelle). On les voyait (et ceci jusqu’à nos jours) dans les cérémonies familiales ou villageoises : baptême, mariage, décès, entre autre.

Ils vivaient de ce qu’ils gagnaient dans ces manifestations. A l’époque de l’empire soninké du Wagadou, les geseru jouaient aussi une autre fonction tout aussi intéressante : ils accompagnaient, en temps de guerre, les rois aux champs de bataille où ils chantaient leurs louanges .Ils étaient les compagnons inséparables des rois.

II- 2- 2- Les Tago (sing. Tage, forgeron)

Nous les trouvons presque dans tous les villages soninkés où ils jouent un rôle non- négligeable. Les Tago sont artisans de différents métaux. Le travail du fer leur est confié. Ils sont chargés de la fabrication des outils agricoles comme la houe, la daba, la hache, entre autres. Les Tago se subdivisent en deux petites fractions. Il y a ceux qui s’occupent du fer et ceux qui se chargent des bijoux, ces derniers sont appelés les orfèvres. Les Tago qui s’occupent du fer, en plus de leur intelligence en matière de fabrication d’outils, sont censés posséder, du moins selon l’imaginaire populaire, un pouvoir occulte sur le fer et on leur confiait, le plus souvent, la tâche de la circoncision des murunto (incirconcis).

Cependant, avec la modernisation de la société soninké, par l’introduction de la médecine moderne, les Tago se voient désormais privés d’une telle activité. Personne, à l’heure actuelle, n’envisagerait d’amener son fils chez un Tage pour le circoncire alors que les hôpitaux jouent, avec des moyens modernes sophistiqués, la même tâche. Les Tago, de nos jours, se désintéressent d’ailleurs eux- mêmes d’une telle fonction qui ne leur apporte plus rien. Ils préfèrent aller dans les capitales (Nouakchott, Dakar, …), afin de chercher à aller en France ou chercher un travail que de rester dans le Debe (village) assis dans leurs forges.

II- 2- 3- Les Sako (sing. Sake, bûcheron)

En milieu soninké, les Sako sont, le plus souvent, d’origine haalpular. Ils sont des personnes qui viennent s’installer dans les villages soninkés pour exercer leur travail au moyen duquel ils gagnent leur vie. Les Sako sont chargés de la confection des instruments ménagers et, en contrepartie, ils sont payés en espèce ou en nature par les soninkés. Les outils qu’ils fabriquent sont le plus souvent les pilons, les mortiers, les tabourets, les écuelles, entre autres. Tout comme les Tago, ils sont considérés comme des individus censés posséder des connaissances occultes qui leur permettent, avant de s’attaquer à un arbre, de conjurer le mauvais génie.

Dans certains villages soninkés (et ceci jusqu’à une époque récente), ils sont chargés d’élaguer les arbres dans les maisons moyennant quelques sommes d’argent. De nos jours, les Sako commencent à perdre la fonction qu’ils jouaient à cause de la modernisation des outils de travail. Les Soninkés ont maintenant tendance à préférer les instruments fabriqués dans les usines que ceux confectionnés par les Sako et, de surcroît, en bois. Cependant, contrairement aux Tago, on les rencontre très rarement dans les capitales à la recherche d’un autre type de travail, ils préfèrent rester toujours au village.

II- 2- 4- Les Garanko (sing. Garanke, cordonnier)

Ils jouent divers rôles dans la société soninké. Ils sont généralement chargés du travail de cuir (tannage de la peau, fabrication de chaussures et autres petits objets en rapport avec le cuir). Dans certains milieux soninkés, les garanko peuvent être amenés à jouer le rôle de «porte voix» du Debegume (chef de village) ou d’un quelconque notable à l’occasion des assemblées villageoises. Cependant, cette fonction est en voie de disparition à cause de l’introduction des moyens modernes de communication comme le microphone dans les villages soninkés.

Par ailleurs, leur rôle de fabrication de chaussures a, actuellement, beaucoup de mal à se mettre de plain pied avec la fabrication moderne de chaussure telle qu’elle se pratique dans les usines. Les garankalemu, c’est à dire les fils des garanko, ont eux aussi leur rôle à jouer dans leur groupe d’âge. A l’approche de chaque fête religieuse, les jeunes des villages soninkés sont partagés en classes d’âge et cotisent pour s’acheter du sucre, du lait, entre autres ; tandis que les garankelemu sont dispensés de toute participation à la cotisation. Cependant, ils sont chargés de faire le thé, d’aller chercher le feu à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit pour les besoins du groupe auquel ils appartiennent. En milieu soninké, les garankelemu sont surnommés les Hannekunku, c'est-à-dire littéralement, ceux qui sont à la charge du groupe.

Par ailleurs, dans la société soninké, les garanko sont d’excellents connaisseurs de chevaux. Comme les Sako et les Tago, ils sont censés posséder des connaissances mystérieuses sur ces animaux. Et ils sont très doués en matière de télékinésie, autrement dit ils peuvent, de loin, faire tomber un cavalier de son cheval au cas où celui- ci ne respecterait pas les règles d’entrée dans le village, c'est-à-dire le ralentissement de la vitesse de l’animal.

II- 2-5 Les Subalu (Sing. Subale)

Les Subalu sont des véritables « ingénieurs de l’eau » dans la communauté soninké traditionnelle. Ils s’occupent de la pêche et du ravitaillement des villages en poissons. D’après les croyances populaires des Soninké, les Subalu disposent des connaissances occultes sur l’eau et ses habitants. Par exemple, au moment des pêches collectives villageoises, ils seraient capables de « neutraliser » les animaux dangereux comme le crocodile.

II- 3 Les Moodinu (sing. Moodi, marabout)

Dans son ouvrage intitulé La graine de la parole, Mamadou DIAWARA affirmait que le vocable « moodi » est la déformation soninké du terme arabe « moaddib » qui veut littéralement dire « lettré ». Ce terme, selon lui, désigne à la fois l’homme cultivé et son groupe. Il divise les moodinu (les marabouts) en deux catégories :

1. Les laadan moodinu « les marabouts de la coutume » .C’est surtout ce genre de Marabouts que nous rencontrons dans la société soninké.

2. Les moodi kuttu qui signifie «les marabouts autres que ceux de la coutume ». Les premiers entretiennent des relations très intimes avec la classe dirigeante. Traditionnellement, les moodinu sont chargés, par une sorte de contrat qui les lie aux Tunkalemu (les princes) du fait qu’ils étaient les seuls lettrés de la communauté, de présider à la destinée religieuse des gens. Aliou K. Tadia précise en effet que «dans la hiérarchie sociale soninké, les moodinu constituent la fraction des hooro (nobles) qui s’occupent de la vie spirituelle. Le moodi, à l’origine, désignait le lettré musulman rompu aux sciences religieuses qui a pour rôle l’enseignement du Coran et de la [Sunna c'est-à-dire] la tradition du prophète ».Ainsi, les soninkés confiaient leurs enfants aux marabouts du village afin de leur apprendre les principes fondamentaux de leur religion et, en contrepartie, les disciples doivent travailler dans les champs du marabout qui leur dispense les cours.

Par ailleurs, en milieu soninké, les moodinu occupent une autre fonction qui, dirions nous, leur permet de gagner un peu de gain. Ils sont chargés de confectionner les amulettes, de consulter les oracles et de présider aux baptêmes.

II- 2- 5 Les mangu (sing. mange)

Ils forment une classe sociale particulière dans presque tous les milieux soninkés de la Mauritanie, du Sénégal et du Mali. Au Sénégal, nous les rencontrons surtout dans les villages riverains du fleuve comme Waoudé et Goumal. Et en Mauritanie, ils sont localisés dans des villages comme Toulel, Wompou… Ils portent le patronyme de « mange ». Au temps de l’empire soninké du Wagadou, les mangu occupaient diverses fonctions politiques et sociales importantes dont celles de modérateurs entre les royaux afin d’établir la concorde. Les mangu, en milieu soninké, jouent principalement deux rôles :

Le mangahu (le fait d’être mangu) est fonction de conciliation entre les diverses fractions des hooro (nobles) en cas de différends. Ils sont en quelque sorte les «diplomates» de la communauté soninké. Les mangu sont nécessairement présents à toutes les réunions du Debe (village) ou de Jamaane (pays). Et aucune décision importante pour la vie de la communauté ne saurait être prise sans les avertir, comme par exemple l’intronisation d’un debegume (chef de village).

2 .Une fonction de guerrier

Les Mangu sont reconnus être d’origine kuralemu, c'est-à-dire, littéralement, guerriers. Ils étaient en quelque sorte les boucliers des Tunka (rois) en période de guerre.

II- 2- 5 Les Komo (sing. Kome, esclave)

Ils viennent en dernière position dans le système des castes en milieu soninké. Les komo, historiquement, étaient des captifs. Ils constituaient jusqu’au début du XXe siècle la force de travail principale. Dans la société soninké, il y a beaucoup plus de captifs que d’hommes libres. Les komo peuvent être repartis en :

5-1Komo reganto (esclaves capturés)

Ils étaient, selon A. K. Tandian, des hommes libres qui ont été réduits à l’esclavage à la suite d’une capture. Les Komo étaient chargés d’exécuter les tâches les plus difficiles de leur maître et ils pouvaient à tout moment faire l’objet d’une vente.

5-2- Komo xobonto (esclaves achetés)

Ils sont généralement des esclaves achetés au moyen du commerce. Les Soninkés étaient de grands commerçants (jula). Ils se donnaient parfois le loisir de se procurer des esclaves pendant leur commerce pour ensuite les revendre dans les grands marchés de l’époque comme ceux de Ségou, Sikasso, entre autres

III- Organisation politique en milieu soninké.

III- 1- Au niveau du Debe (village)

Dans certains villages soninkés, l’élection du Debegume (chef de village) ne se faisait pas par le vote. Les Soninkés ignoraient l’élection démocratique à la manière des sociétés modernes. C’est le plus âgé du clan qui est appelé à assurer les fonctions de gouvernance dans le Debe jusqu’à sa mort où il sera succédé par celui qui le suit directement en âge.

Dans son mémoire de maîtrise qu’il a présenté en 2004 à l’université de Nouakchott en Mauritanie, Samba Fofana écrivait, à ce propos que : « le pouvoir politique dans le village est exercé par l’aîné [d’entre les] membres du clan détenant la chefferie du village donné ». Certains clans en milieu soninké sont détenteurs du pouvoir du fait qu’ils sont les fondateurs du village. Il y a donc à la fois le principe de séniorité et celui de la première occupation du lieu qui entrent en jeu quand il s’agit d’élire un Debegume.

Par ailleurs, dans la société soninké le pouvoir est strictement une affaire d’hommes. Il est par conséquent patrilinéaire. Au niveau du Jamaane (pays) ou du Debe (village), au temps des grands empires soninkés, le Tunka était le chef politique et en même temps le propriétaire des terres. Il existait, néanmoins, un système de contrôle qu’il était pratiquement impossible au Tunka d’exercer ses droits sans en référer aux Mangu (conseillers).

En territoire soninké, il n’existait pas de pouvoir politique supérieur à celui du roi. Par nature, il est le Fankama (de fanka, pouvoir et kama, propriétaire) et nul ne pouvait contester son droit exclusif à l’usage de la force. En cas de vacance du pouvoir dû au décès du Tunka, le collège des mangu et les notables du village rechercheraient ipso facto le plus ancien des successeurs présomptifs qui se situe sur le même rang en ligne agnatique que le roi précédent.

En milieu soninké, le Tunka ne nommait pas directement les Delegemu (chefs de villages). Cependant, la nomination du chef de village se faisait comme nous l’avons dit. Néanmoins, aucun Degelemu ne pouvait exercer son pouvoir sans sa bénédiction.

SOUMARE Zakaria Demba


- Paris, Khartala et Arsan, 1992, p 48

- Samba Fofana, Structure et dynamique socio-politique en milieu soninké, Mémoire de Maîtrise, Université de Nouakchott, 2004

- A. Bathili et C. Meillassoux, Lexique soninké – français, 1976, p 14

- A. Bathili, Les portes de l’or, Paris, l’Harmattan, 1989, p 190

- Poésie orale soninké et éducation traditionnelle, Dakar, NEA, 1999

- Ibid, p199

- Ed. Franz Steiner Verlag Stuttgart, 1990, p 34

- Op. Cit. p 202

- Tandia, Op. Cit.

- Ceci nous a été rapporté par M. Soumare Kodo Sikou lors de notre séjour à Toulel, en janvier 2005.

- Ibid, op. Cit.