vendredi 7 septembre 2007

Les damnés de l’océan



La migration clandestine vers l’Europe est, hélas, l’un des fléaux des temps modernes. Depuis le drame regrettable de Ceuta et Melilla en 2005, le continent africain, presque chaque jour, se vide de sa jeunesse, de ses forces vives et de ses intellectuels. Des vies humaines échouent presque quotidiennement dans les profondeurs de l’océan à bord d’embarcations de fortune. Pourquoi tant d’acharnement à vouloir quitter, vaille que vaille, l’Afrique ?

Il y a principalement deux grandes causes à cette migration : les causes répulsives (misère, pauvreté, persécution religieuse, raciale ou politique, pressions familiales qui poussent les citoyens d’un pays à émigrer ; et les causes attractives qui se manifestent par le simple besoin de changer de mode de vie, d’horizon).

Mais pour répondre sommairement à cette question, j’estime nécessaire de n’insister que sur une seule cause de cette migration : la cause psychologique. Il est sans doute impossible de séparer cette cause à la cause économique, tant les deux sont liées par leurs caractéristiques.



Dans les sociétés traditionnelles et modernes africaines en général et mauritanienne en particulier, l’idée que l’on a de l’Europe, la France notamment, est d’autant plus forte que toute personne n’ayant pas fait le voyage à l’étranger est considérée comme un laisser pour compte au sein même de sa propre famille. Cette idée est d’autant plus ancrée dans l’imaginaire de la population qu’elle est doublée de l’image que les immigrés eux-mêmes donnent de leur mode de vie en France. Par conséquent, pour nos jeunes, il n’y a pas de réussite possible s’ils n’émigrent pas hors de ce continent « maudit » qu’est l’Afrique.

Tous les moyens sont ainsi bons pour réaliser le rêve. D’autant plus que les candidats à l’émigration voient chaque fois un voisin, un ami d’enfance envoyer de l’argent aux parents ou construire une maison à Nouakchott ou au village. La migration en Europe est dans ce cas associée à l’idée de la réussite sociale et du succès dans l’imaginaire de la population du village ou du quartier.

Nous devons sensibiliser ces jeunes qui sacrifient leur vie que l’Europe est très loin d’être le paradis tant convoité. La réussite professionnelle ou sociale peut être possible tant en Afrique qu’à l’Europe. Les jeunes devraient arrêter de braver la mort par le biais de l’océan pour joindre un continent qu’ils considèrent être la solution de tous leurs problèmes.

La misère et la pauvreté existent partout. L’Europe aussi a ses pauvres. Mais on ne dit presque jamais cela au risque de choquer. Le vrai travail de sensibilisation devrait, à mon avis, se faire auprès des familles qui, on le comprend, poussent leurs progénitures au voyage de la mort à bord d’embarcations de fortune construites par les marchants de la mort sans scrupules.

Les Africains devraient davantage s’investir dans la formation et la création d’emplois pour sauver la vie de ces milliers de personnes désespérées. Un vrai travail d’informations sur les réalités occidentales doit être fait à la base pour éviter les drames que nous sommes en train de vivre en ce moment. Ces centaines de personnes qui laissent leur vie dans les eaux ténébreuses de océan peuvent être sauvées si seulement les médias acceptent d’entreprendre une campagne de sensibilisation qui consistera à montrer le vrai visage de l’Europe. Ce ne sont pas les médias occidentaux qui le feront. Car nous savons que ces médias diffusent leurs émissions à l’intention des populations « du tiers monde » par sélection.

Tout concourt, de fait, à créer un climat psychologique qui miroitera aux yeux des candidats au voyage de la mort l’image d’une Europe paradisiaque où l’on peut, sans effort aucun, se faire rapidement fortune. Cette campagne de sensibilisation doit être le travail des médias locaux africains. Dans ce domaine, les Africains ne doivent rien attendre des médias occidentaux qui, en réalité, ne font rien pour démythifier l’Europe. Le mythe d’une Europe paradisiaque doit être rigoureusement dénoncé. C’est la seule façon de sauver la vie de tous ces jeunes candidats à l’aventure.

SOUMARE Zakaria Demba

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