jeudi 30 août 2007

Devoir de mémoire



« Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple. Car un peuple sans histoire est un monde sans âme » a l’habitude de dire Alain FOKA, journaliste à Radio France Internationale, au début de son émission intitulée Archives d’Afrique.

Rwanda. Il y a treize ans, le pays tout entier sombrait dans la fatalité. Nous sommes le 6 avril 1994. Après le crash de l'avion présidentiel rwandais, les deux présidents rwandais et burundais qui étaient à bord n'ont pas survécu à l'accident.

Les accusations allaient bon train : les extrémistes hutu accusaient les rebelles tutsi du FPR ( Front Patriotique Rwandais) dirigé par Paul Kagamé, l’actuel président du Rwanda, d'être à l'origine du crash ; tandis que d'autres pointaient du doigt la Belgique, ex puissance colonisatrice, la France, qui a toujours soutenu le président Habyarimana et son gouvernement, et l'Akazu, parti extrémiste hutu....



Dans tous les cas, les tueries avaient débuté le même soir à 20 heures à Kigali, capitale du Rwanda. Les Tutsi, pour sauver leur vie, se sont enfuis dans les églises, les écoles, les bananeraies, les pays voisins (Burundi, Tanzanie, Zaïre...).

Pendant trois mois, entre avril et juillet, le monde entier assistait, pour la première fois, à un génocide en direct par le biais de la télévision. Les yeux de la Communauté internationale étaient orientés vers la coupe du monde de football qui se jouait au pays de l’oncle Sam (U.S.A). Les casques bleus de l’ONU, sous la direction du général canadien Roméo DALLAIRE, assistaient impuissants à l’une des folies meurtrières jamais enregistrées dans le continent africain.

Malgré les cris d’alarme de ce général courageux, rien n’est fait pour arrêter les interahamwé (ceux qui tuent ensemble, en kinyarwanda). Le Rwanda n’avait aucun intérêt stratégique pour les puissances occidentales. On se souviendra encore longtemps de cette parole d’un responsable français, au lendemain des massacres, « un génocide dans ces pays-là n’est pas trop important » !

Les conflits en Afrique sont, le plus souvent, provoqués et encouragés par les puissances étrangères qui, pour mieux « voler » les ressources des pays du tiers monde, soulèvent les uns contre les autres. L’instrumentalisation ethnique est l’un des armes les plus redoutables que possèdent ces démons extérieurs. Au Rwanda, les colons belges ont divisé la population, sur des critères ethniques, en Tutsi, Hutu et Twa.

Les Tutsi seraient des pasteurs. Les Hutu des cultivateurs. Les Twa des chasseurs. Cette distinction ethnique a conduit aux génocides de 1959, 1973 et 1994. Le génocide de 1994 est le paroxysme des tous ces massacres. Il aurait fait près d’un million de morts. Il est différent des génocides précédents en ce sens qu’il a été prémédité, et se déroulait sous les yeux amusés des téléspectateurs du monde entier.

Pour que l’Afrique sorte des guerres tribales et ethniques meurtrières, il lui faudra assumer ses responsabilités. Le destin de ce continent ne doit être joué nulle part qu’en Afrique. Aucune guerre, dans ce continent, n’a des origines africaines. Toujours, si nous prenons la peine de regarder en profondeur les causes de ces guerres, nous nous rendrons aisément compte qu’il y a un diable occidental qui se cache quelque part. De ce drame rwandais aux massacres de Darfour, nous avons les mêmes motifs.

L’Afrique est un champ de bataille pour les puissances étrangères. Dans certains cas, pour défendre son pré carré, sa culture et sa langue la méthode utilisée par la puissance étrangère consistait à diviser le pays en deux (le Nord contre le Sud ou vice versa, les Hutu contre les Tutsi, les Dioulas contre les Bétés…) ou à soutenir le dictateur en place, et l’aider à écraser une rébellion qui, en réalité, bénéficie du soutien de la même puissance étrangère ou d’une autre qui voulait avoir sa part du gâteau.

Dans d’autres cas, pour mettre fin à un prétendu pouvoir islamique, on n’est prêt à laisser des populations civiles entières mourir sous le feu des armes, de la faim et de la maladie.

SOUMARE Zakaria Demba




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