jeudi 30 août 2007

Devoir de mémoire

Le 12 février 1998. Nous étions au lycée, en classe de seconde, vers 16 heures, si j’ai bonne mémoire, quand la nouvelle tombait comme un couperet. Le professeur Bâ Oumar venait de nous quitter pour toujours. Il avait 84 ans. La Mauritanie venait de perdre l’un des ses penseurs de talent.

Le professeur était, de fait, un homme de culture et de dialogue. J’ai encore en mémoire certains de ses interventions lors des conférences tenues au Centre culturel français de Nouakchott où il impressionnait son auditoire par la pertinence de ses propos. Les Mauritaniennes et les Mauritaniens ont sans doute une dette envers sa pensée.

La seule façon permettant de perpétuer sa pensée est d’inscrire son œuvre dans le programme scolaire et universitaire mauritanien. Il est vraiment regrettable, pour nos élèves et nos étudiants, d’ignorer les sommités de la vie intellectuelle de leur pays. La vie de ce grand penseur hors norme doit être transmise de génération en génération.



Le professeur Bâ Oumar est né en 1914 à Diaba, dans le Fuuta. Son père, qui était alors Cadi (juge) sous l’occupation française, vivait avec sa famille en Mauritanie, mais il exerçait sa profession de juge à Saldé au Sénégal. Nous étions encore en période coloniale où la Mauritanie avait pour capitale Saint –Louis. Toute l’administration du territoire mauritanien dépendait donc directement de cette ville sénégalaise.

Le professeur a fait ses premiers pas d’écolier à l’école des otages de Saint-Louis, qui était alors destinée aux fils des chefs. La plus grande partie des élites africaines, qui étaient destinées à être des administrateurs auxiliaires de l’administration coloniale, étaient passées par cette école. Cette école fut, pour le professeur , un lieu de rencontre avec ceux qui allaient devenir plus tard les leaders de la libération du continent africain, comme le poète-président Léopold Sédar Senghor.

En 1939, c’est le début de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. Alors que les Africains des colonies françaises étaient contraints de participer à une guerre qui leur était complètement étrangère, le professeur , lui, décide de rompre sa carrière d’enseignant au Sénégal pour renter servir son pays (Mauritanie). « C’est mon pays, je devais le sentir », disait –il, quand il expliquait les raisons de son choix.

Le professeur est l’auteur l’un grand nombre d’ouvrages dont entre autres :

- Le Foûta Toro au carrefour des cultures, Paris, Harmattan, 1977 ;
- Le Coran en peul, français-peul, Paris, Harmattan, 1982 ;
- Faune et flore du Foûta Toro, Dakar, CLAD ;
- Expression du temps en poûlar, Dakar, CLAD ;
- Terminologie géographique poûlar, Dakar, CLAD.

Il est de la responsabilité de l’Etat mauritanien de porter l’ensemble de la production du professeur Oumar Bâ à la connaissance des élèves et des étudiants. Car la plus grande partie de ces derniers ne savaient presque rien de ce penseur. Pour vous en convaincre, allez faire votre petit sondage dans n’importe quel lycée de Nouakchott ou à l’Université de Nouakchott.

Sur 100 élèves ou étudiants interrogés, 50 vous diront qu’ils n’ont jamais entendu parler de Bâ Oumar, 30 vous diront que ce nom leur dit quelque chose, et chercheront en vain dans leur souvenir quelque chose qui puisse leur fournir une réponse exacte, les 20 qui restent vous diront qu’ils ont lu de lui juste un passage ou un livre. C’est dommage !

Pour ceux qui désirent connaître la pensée du professeur , ses œuvres sont disponibles dans la bibliothèque Elfejr de Nouakchott, à côté de l’ambassade de France, dans la cour de l’église.

SOUMARE Zakaria Demba





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